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L'édito septembre 2026

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Habitabilité et robustesse : et si nous changions la manière de construire nos politiques publiques ?

Votre auteur et interlocuteurYohan GAILLARD

Yohan GAILLARD

Chef de projets Bifurcation écologique - Sobriété, climat & biodiversité

Ce mois-ci, après l’été que nous venons de vivre, j’ai senti le besoin de me questionner sur la manière dont se construit l’action publique face aux crises. Je vais animer de nombreux séminaires d’élus locaux dans les prochaines semaines, des élus qui se réunissent pour échanger sur les politiques publiques à mener durant leur mandat. Deux notions nourrissent nos réflexions : l’habitabilité et la robustesse. Elles ne sont ni des slogans ni une nouvelle couche de vocabulaire. Elles nous obligent à faire un vrai pas de côté.

 

Deux notions, un cap et une manière d’y aller

À première vue, ces deux notions n’ont rien à voir. La robustesse désigne une qualité : celle des systèmes et des politiques, leur manière de tenir, de résister. L’habitabilité désigne une finalité, une boussole ; elle désigne ce que l’on cherche à préserver, et une manière de vivre avec les autres, qu’ils soient humains ou non humains, espèces ou milieux. La montagne, la rivière, le sol, la forêt, le jardin, la lisière…

La robustesse bouscule notre culte de l’efficacité et de la performance. On ne cherche plus à réussir avec le moins de moyens possible. On considère au contraire ce que l’on prenait pour des défauts : la redondance, l’incohérence, la lenteur. On ne cherche plus à s’adapter, mais à être adaptables.

L’habitabilité, elle, peut se lire de deux façons. On peut la résumer aux enjeux climatiques, comme le fait le PNACC-3. On peut aussi l’élargir aux crises de la biodiversité, de l’eau, de l’alimentation, de la santé et du climat, comme le propose l’IPBES. C’est cette seconde approche qu’Auxilia Conseil a choisie, tant ces sujets sont liés.

Face à l’incertitude, l’habitabilité fixe le cap et la robustesse guide la manière d’y aller.

Une évidence pour Auxilia Conseil
Aller vers ces sujets n’est pas un virage pour Auxilia Conseil : c’est la suite logique de ce que nous portons depuis toujours. Entreprise sociale engagée pour une bifurcation écologique et juste, nous accompagnons des territoires qui doivent déjà décider dans l’incertitude, composer avec des ressources limitées et faire tenir ensemble des intérêts parfois contradictoires. Ainsi, on ne peut plus planifier l’avenir, mais on peut planifier la manière de s’y ajuster. L’habitabilité et la robustesse donnent des mots et des concepts, et bientôt des méthodes, à cette conviction.
Humbles, parce que tout est à reconstruire

Soyons honnêtes : intégrer ces notions change tout. Pour les élus, pour les agents, et même pour nous, conseillers et consultants auprès des collectivités et des territoires. Cela ne se construit pas du jour au lendemain.

Nous ne prétendons pas avoir de méthode clé en main. Nous tâtonnons, et nous l’assumons. Nous avançons dans une démarche d’amélioration continue : en interne, avec nos partenaires tels que l’ADEME à l’initiative de la démarcheTACCT (Trajectoires d’adaptation au changement climatique des territoires), et avec les collectivités volontaires qui acceptent d’expérimenter avec nous. Nous y allons brique par brique, en nous appuyant sur l’envie des agents et des élus. Ici, on fait entendre la voix de la nature. Là, on assume une redondance. Ailleurs, on construit des trajectoires climatiques pour préparer tous les possibles.

Ce que cela change dans nos projets

Aujourd’hui, la plupart des politiques publiques que nous accompagnons restent prises dans une logique de silo et de performance. Elles ont un diagnostic, un calendrier et des indicateurs propres, un futur de référence unique (le futur désiré) et des moyens pensés à court terme, à l’échelle du mandat en général. Viser l’habitabilité avec des politiques robustes, c’est sortir de ce cadre. Concrètement, cela signifie :

  • Inverser la logique : commencer par comprendre ce qui fonde l’habitabilité d’un territoire, protéger ce qui est indispensable au vivant, pour ensuite déterminer où les activités humaines peuvent se développer et renoncer à ce qui ne tiendra plus demain.
  • Ne plus penser en silo, et donc questionner la gouvernance des politiques publiques. Nous plaidons pour un socle territorial commun : un seul diagnostic des vulnérabilités et des dépendances, partagé entre les différents plans. La méthode TACCT en est une brique utile.
  • Ouvrir la table à de nouveaux acteurs : les non-humains. L’eau, la biodiversité, les sols ne sont plus des contraintes à gérer, mais des copilotes, des cogestionnaires des projets.
  • Passer du plan d’actions à la trajectoire. On ne se prépare plus à un seul avenir désiré, mais à plusieurs possibles, désirables ou non. On agit à court terme, dans un cadre qui prévoit ses propres ajustements, avec un ensemble d’actions interconnectées déclinées à court, moyen et long terme.
  • Choisir et évaluer à l’aune de la robustesse. Chaque objectif, chaque action passe des tests de résistance : sécheresse longue, flambée des prix, rupture d’approvisionnement, choc social, incapacité de la puissance publique à agir…
  • Garder des marges plutôt qu’optimiser : préserver du foncier non affecté, diversifier les filières économiques, offrir plusieurs alternatives en cas de rupture d’approvisionnement d’eau, s’appuyer sur le vivant grâce aux solutions fondées sur la nature…
  • Passer des indicateurs de moyens à des indicateurs d’habitabilité, qui intègrent les dimensions sociales, culturelles, économiques et environnementales, et donner véritablement et dans cet objectif, du poids aux budgets verts.
  • Regarder la manière dont les choses sont faites, pas seulement ce qui est fait. L’habitabilité porte des enjeux de justice sociale et environnementale. Elle nous oblige à délibérer ensemble sur ce qui doit être fait en priorité.

Pour les collectivités et les élus, le changement est tout aussi profond. C’est décider sans certitude, et l’assumer publiquement. C’est savoir renoncer à la performance pour privilégier des projets moins optimisés, mais plus robustes. C’est passer du temps du mandat au temps long : fini le « on est là pour six ans », « à quoi bon, on sera décédé ». Et c’est accepter de se mettre en position d’apprendre, ensemble et de se tromper.

Des difficultés à lever, et des leviers pour avancer

Le premier écueil est bien connu : faire de l’habitabilité une notion fourre-tout. Si l’on y met tout, on finit par revenir à la transition écologique telle qu’on la pratique déjà, avec les mêmes outils et les mêmes réflexes. L’enjeu n’est pas d’ajuster un système sans doute à bout de souffle, mais de transformer nos représentations, nos structures et nos pratiques. Cela suppose de partager une culture commune, nouvelle.

Deuxième difficulté : accepter une forme d’inefficacité. Pour une collectivité, financer un moindre rendement, une redondance, ou des mesures d’adaptation pour des possibles qui n’arriveront peut-être jamais, ne va pas de soi. Il faut aussi accepter d’expérimenter, et donc de prendre le risque de se tromper.

Troisième difficulté, peut-être la plus décisive : faire accepter ce changement de paradigme aux habitants. Les attentes sont là, notamment face au changement climatique et, sans doute après cet été, sur la gestion de l’eau. Mais c’est un chantier qui ne peut réussir que s’il est collectif.

Des leviers existent. Il faut d’abord rappeler ce que chacun y gagne. Se protéger de risques qui sont déjà là. Réduire la facture, car le manque d’adaptation coûtera toujours plus cher, individuellement et collectivement. Améliorer le cadre de vie, en intégrant le vivant dans notre quotidien. Ensuite, changer la manière de faire :

  • Partir des préoccupations quotidiennes et des lieux de vie, en revenant à l’échelle du quartier ou du village plutôt qu’à des projets de territoire regroupant parfois une centaine de communes ;
  • Construire avec les habitants, et pas seulement les consulter ;
  • Reconnaître que l’on ne sait pas tout, mais que l’on se prépare ;
  • Et reconnaître honnêtement qu’il y aura des perdants : du foncier qui ne sera plus constructible, des volumes d’eau seront réduits, des routes ne seront plus financées, des activités seront devenues obsolètes…
Et demain ? Avec vous

Nous poursuivons nos échanges, en interne et avec vous, à travers nos missions et nos explorations, pour repenser notre métier et notre accompagnement. Nous ne détenons pas (encore) la réponse, et c’est tant mieux : ces deux notions se construiront en faisant ensemble.

Élus, agents, partenaires, habitants, curieux ou convaincus : toutes les bonnes âmes sont les bienvenues. Si vous avez envie d’expérimenter, de tester les trajectoires en lieu et place des plans d’actions, de donner une voix au vivant ou simplement d’en discuter, notre porte est grande ouverte.

Contactez Yohan Gaillard, chef de projets Bifurcation écologique – Sobriété, climat & biodiversité

Crédit photo : Robert Delaunay, Public domain, via Wikimedia Commons 

Cet article fait l’objet du Pas de côté de notre Newsletter conçue par Alice de la Vaissière, Margot Rat-Patron et Yohan Gaillard, tous 3 chez Auxilia Conseil. Bravo et merci 🙂

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