Depuis notre fenêtre de cabinet conseil, au contact quotidien des collectivités, nous voyons à quel point les maires doivent désormais agir dans un monde plus fragile, plus anxiogène, plus imprévisible.
Le cadre BANI proposé par Jamais Cascio met des mots sur cette réalité ; les territoires, eux, en éprouvent chaque jour les effets très concrets.
C’est là que se mesurent ses effets concrets : un médecin qui part à la retraite sans successeur, des kilomètres à parcourir pour se soigner alors que le prix de l’essence augmente pour des raisons géopolitiques, une école qui ferme, une famille qui peine à se chauffer, des aides à la rénovation ou pour un véhicule électrique trop faibles, trop méconnues ou trop complexes à obtenir, des récoltes ravagées ou des infrastructures essentielles (transport, énergie) fragilisées par des événements climatiques extrêmes, le sentiment d’être relégué, laissé pour compte…
Au lendemain des élections municipales, il nous semble ainsi que trois grands chantiers doivent être étroitement articulés : la santé, la cohésion sociale territoriale, et la protection des personnes et des infrastructures. Trois grands enjeux nationaux qui ne peuvent être traités efficacement sans une approche territoriale forte.
La santé n’est plus seulement une question d’offre médicale. Elle est un enjeu systémique qui relie santé humaine, santé environnementale et santé sociale. Désertification médicale, impacts de la pollution ou des changements climatiques, fragilités psychologiques accrues, autant d’enjeux qui appellent une approche plus globale afin de considérer ensemble :
- la santé des habitants,
- la qualité de l’environnement,
- l’organisation des services locaux,
- les conditions de vie et de travail.
Les collectivités disposent déjà de nombreux leviers d’action comme l’organisation de l’offre de soins via des maisons de santé pluridisciplinaires, ou encore la mise en place de projets opérationnels intégrant la prévention et la promotion de la santé à travers un urbanisme favorable à la santé. C’est aussi en activant d’autres leviers comme celui des politiques alimentaires territoriales (à travers les PAT et leur mise en œuvre), ainsi que celui de la gestion de la qualité de l’air, de l’eau et des espaces naturels qu’elles pourront produire un projet territorial transversal où la santé dépasse le seul champ sanitaire.
Les territoires sont aujourd’hui aux avant-postes des fractures contemporaines qu’elles soient sociales, territoriales, économiques, mais aussi symboliques : sentiment de déclassement, perte d’emplois industriels, difficultés d’accès aux services publics, tensions croissantes entre espaces urbains et ruraux. La crise des gilets jaunes et la montée des votes extrêmes le rappellent avec force : les territoires sont souvent le premier lieu où se manifestent les tensions nationales.
Face à ces dynamiques, les collectivités locales ont à jouer un rôle déterminant dans la préservation du lien social. Pour cela, elles peuvent impulser, organiser, soutenir tous les espaces (politiques, démocratiques, opérationnels de projets) où pourra se reconstruire la confiance collective. Ces espaces nombreux se déploient à travers le maintien et la réinvention des services de proximité, la revitalisation des centres-villes et centres-bourgs, le soutien aux dynamiques économiques locales, la création d’espaces de dialogue et de participation citoyenne. Tout ceci constitue une infrastructure comme nos bonnes vieilles routes ou nos réseaux enfouis indispensable à la cohésion sociale. En cela, elle n’est pas seulement une politique publique, elle constitue aujourd’hui un facteur central de stabilité démocratique.
L’incertitude face à l’avenir s’invite quotidiennement dans la vie de chacun, apportant son lot considérable de peur, d’anxiété et, par là même, de repli et de tensions. Dans ce contexte, la sécurité doit être réinvestie, non pas dans une logique « sécuritaire et protectionniste », mais ancrée dans la dimension plus large, sensible et collective de la résilience territoriale.
Face aux crises climatiques, énergétiques, économiques et géopolitiques, la capacité de la gouvernance territoriale à mettre en œuvre une politique globale de résilience sera ainsi déterminante dans la réinstauration d’un sentiment de confiance.
Dans ce contexte exigeant, la prise de fonction des maires revêt une importance stratégique. Les accompagner dans leur prise de poste signifie d’être pleinement à l’écoute de leur volonté et de leur exigence au service d’une vision transversale des enjeux de la robustesse de leurs politiques territoriales. Mais également, les outiller au mieux dans la mise en œuvre l’articulation de leurs compétences communales et intercommunales tout en mobilisant les acteurs locaux autour de projets collectifs et mobilisateurs.
C’est aussi leur permettre de renouer avec le plaisir de la fonction par l’exploration positive d’une puissante créativité territoriale. Les territoires sont en cela d’excellents laboratoires d’innovation démocratique, sociale et écologique.
Face au monde “BANI”, où les certitudes se fissurent, nous croyons aux graines fertiles de la proximité, de la capacité d’action et de la confiance. Et c’est, au cœur des territoires, que continuent de se construire les réponses les plus durables aux crises de notre temps.
Cet article fait l’objet du Pas de côté de notre Newsletter conçue par Alice de la Vaissière, Margot Rat-Patron et Yohan Gaillard, tous 3 chez Auxilia Conseil. Bravo et merci 🙂
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