L'édito juin 2023

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Eclairer, partager, décloisonner, surprendre les nouvelles tendances, décrypter les signaux faibles…, autrement dit « Réveiller nos futurs », la proposition de la newsletter d’Auxilia. Prospective et réaliste, nous l’avons imaginée comme une source d’inspiration pour les territoires et les structures que nous accompagnons, quels qu’ils soient.

Les territoires ne sont pas que du foncier à vendre et à aménager.

Votre autriceMargot RAT-PATRON

Margot RAT-PATRON

Cheffe de projets Energie & climat
Votre auteurBastien MARCHAND

Bastien MARCHAND

Consultant - Doctorant en redirection écologique

Depuis les années 1970, les collectivités territoriales se sont majoritairement lancées dans une course à l’attractivité profitant de leurs actifs fonciers peu chers et nombreux pour accueillir des entreprises et créer de l’emploi. Ce paradigme, réalimenté par la relance économique post-Covid et la stratégie de réindustrialisation, est pourtant bousculé par les urgences écologiques, démocratiques et sociales. La question du Zéro Artificialisation Nette en constitue aujourd’hui un exemple limpide. Cette bifurcation nécessite de considérer avant tout le territoire comme un espace à vivre et non plus comme du foncier à vendre et à aménager. Cela implique de repositionner la collectivité territoriale comme facilitateur de transitions et de coopérations pour les entreprises de son territoire. C’est en tout cas le constat fait par Claire Gossart, responsable de l’expertise « développement économique territorial ».

Tu es responsable de l’expertise « développement économique territorial » chez Auxilia. Que recouvre-t-elle ?

Depuis 2015, Auxilia accompagne les collectivités dans leurs stratégies de développement économique à l’aune des enjeux de transition socio-écologique. Forts de ces enseignements, on a rapidement observé que les collectivités avaient toujours du mal à mobiliser les entreprises autour de leurs actions locales, notamment par manque de culture commune et de dialogue.

C’est un constat de départ qui peut étonner. Comment expliquer qu’une collectivité ne parvienne pas à dialoguer avec les entreprises qui opèrent sur son territoire ?

La mondialisation et la financiarisation de l’économie ont eu un effet brutal sur des territoires dépourvus de moyens pour lutter contre certains phénomènes : délocalisations, restructurations, implantations de zones logistiques pour le e-commerce, etc. Auparavant vécu comme un progrès, ce type d’actifs industriels désormais en friches a laissé un goût amer à beaucoup de salarié·es.

Des entreprises sont arrivées puis sont reparties – sans que les élus ne soient vraiment au courant, comme si leur territoire n’était que du foncier à vendre et à aménager

En parallèle, pour gagner en compétitivité, l’Etat a engagé des politiques nationales d’aménagement du territoire, comprenant parfois des opérations de remembrement de parcelles agricoles qui ont détruit les logiques de villages et de coopérations de proximité. Désormais, à la défaveur des vagues successives de décentralisation, beaucoup de communes ne parlent même plus à leurs voisines, simplement par des effets de découpage administratif…

Tout cela rend très difficile pour les collectivités de garder le lien avec les entreprises de leur territoire, qui raisonnent plutôt à l’échelle de zones de chalandise ou à l’aune de logiques de filières. Cela a d’ailleurs créé un vrai fossé culturel ces deux « mondes », qui se croisent sans pour autant comprendre leurs leviers et contraintes respectifs et dialoguent avec beaucoup de préjugés. Il faut donc recréer des cercles de confiance à des échelles pertinentes, où les acteurs apportent des idées, font connaissance et acquièrent une confiance mutuelle. Même entre entreprises du même secteur, on a affaire à des entités qui ne se parlent que très peu et qui se connaissent mal, mais qui aimeraient mutualiser leurs efforts, leurs réflexions et leurs actifs.

Renouer avec ses entreprises, c’est le nouveau défi des collectivités ?

Complètement ! Nous avons choisi d’accompagner les collectivités par d’autres biais que le traditionnel plan d’actions pour réussir à remobiliser les forces vives autour du destin de leurs territoires. Dans un premier temps, c’est aux collectivités de clarifier leurs objectifs : « quels grands axes de développement souhaitent-elles prioriser ? ». Ensuite, la nouveauté réside dans la mobilisation de communautés d’acteurs – entreprises, associations, structures de l’économie sociale et solidaire, citoyen·nes – autour de ces grands défis. L’idée, c’est de cesser de voir le territoire comme simplement un actif foncier ou immobilier mobilisable par les entreprises mais aussi cesser de voir la collectivité comme unique acteur et promoteur du territoire. Pour cela, il s’agit de renforcer leurs capacités d’agir ensemble pour conduire des projets communs pour celles et ceux qui y habitent et y contribuent. En général, c’est quand même un grand changement pour les collectivités qui, dans un contexte de baisse de leurs moyens, se positionnent progressivement sur une nouvelle façon d’animer et d’orchestrer le tissu économique pour rediriger certaines activités vers des projets à forte valeur pour le territoire. Mais cela ne signifie pas qu’elles ont la main sur tout : on est plutôt dans une logique de partage de la maîtrise des projets et donc des charges et investissements nécessaires à l’animation du territoire.

Et pour Auxilia, ça change quoi ?

Notre rôle en tant qu’AMO [Assistance à Maîtrise d’Ouvrage, ndlr] n’est plus de définir des plans d’actions pour la seule collectivité mais de se mettre au service d’une communauté d’acteurs réunis autour des communs de leur territoire. Le rôle d’Auxilia évolue pour accompagner les collectivités à s’entourer des bons acteurs (entreprises, associations, habitant·es, …), à co-définir les grands défis du territoire et à partager les responsabilités et les tâches. On est obligé de s’appuyer sur des méthodes plus collaboratives en agissant sur les leviers psycho-sociaux et sociologiques de l’engagement et de la coopération multi-acteurs. La mission n’est plus d’être seulement « conseil » mais plutôt « interface » entre, d’un côté, les élu·es et technicien·nes de la collectivité et, de l’autre, les entreprises. Auxilia devient ainsi garant de la bonne compréhension des enjeux (environnementaux, sociaux, économiques) du territoire et du fait que les projets qui émergent y soient fidèles. Ça veut dire aussi mieux comprendre les enjeux des entreprises pour être capables de les accompagner dans leur enracinement territorial.

En ce moment, on par exemple anime à Saint-Dizier une « charte d’engagement territorial », regroupant la collectivité et les entreprises principalement industrielles du territoire pour travailler sur des projets concrets d’intérêt local. Parmi les thèmes abordés, la création d’une école d’entreprises, la mise en place d’une boucle locale de déchets, l’organisation de journées « vis ma vie » dans les entreprises, l’animation de défis éco-responsables inter-entreprises à l’échelle du territoire, l’animation de challenges inter-entreprises aux profits des associations du territoire…

Comment les entreprises réagissent-elles quand vous essayez de les impliquer dans ce type de démarches ?

On assiste depuis la pandémie à un glissement des entreprises, qui commencent à engager des moyens importants pour s’inscrire dans la transition écologique et sociale, principalement pour des questions de marque employeur mais aussi par envie collective d’agir. Et cela passe d’abord par un ancrage local plus fort ! On peut avoir un impact très concret sur une petite échelle et agir sur son territoire mobilise plus facilement les salariés. La charte d’engagement de Saint-Dizier réunit environ 40 entreprises signataires et nous accueillons de nouveaux signataires en juillet. Preuve que nos intuitions sont les bonnes !

Propos recueillis par Bastien Marchand, consultant – Doctorant en redirection écologique. Newsletter conçue par Margot Rat-Patron, consultante et toute l’équipe.

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