L'édito juin 2024

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Eclairer, partager, décloisonner, surprendre les nouvelles tendances, décrypter les signaux faibles…, autrement dit « Réveiller nos futurs », la proposition de la newsletter d’Auxilia. Prospective et réaliste, nous l’avons imaginée comme une source d’inspiration pour les territoires et les structures que nous accompagnons, quels qu’ils soient.

Il y a urgence à considérer les besoins de nos territoires ruraux

Votre interlocuteurChristian CHATARD

Christian CHATARD

Directeur Ruralités et responsable de l’agence de Vannes
Votre interlocuteurBertil DE FOS

Bertil DE FOS

Directeur général

Ce numéro de Juin de « Réveiller nos futurs », la newsletter d’Auxilia traite de l’urgence à considérer les besoins de nos territoires ruraux avec Christian Chatard.

Test

« Les ruralités sont plurielles, complexes et recouvrent des territoires aux réalités sociales et économiques souvent très différentes. »

A l’heure de choix politiques décisifs pour notre pays, Christian Chatard, Directeur des Ruralités innovantes chez Auxilia, qui accompagne les élus locaux des communes rurales depuis près de 20 ans, nous livre ici ses réflexions sur la santé de nos territoires ruraux et les conditions pour y faire émerger des projets de transformation.

A l’heure où l’on assimile trop facilement le rural au vote Rassemblement National, quelle aide au discernement apporterais-tu, toi qui connais bien les territoires ruraux ?

Déjà que la ruralité n’existe pas ! Les ruralités sont plurielles, complexes et recouvrent des territoires aux réalités sociales et économiques souvent très différentes.

Il y a urgence au contraire à ne pas simplifier le discours et sortir de l’imaginaire pastoral et des cartes postales : loin du modèle « voiture + pavillon + zone commerciale ».

Il est certain que les gilets jaunes et la crise sanitaire ont marqué une vraie prise de conscience, avec un coup de projecteur institutionnel braqué désormais sur les spécificités de ces territoires, sur leurs fragilités aussi. Cela va faire 20 ans que j’accompagne les territoires ruraux partout en France. Pour autant et à la sortie du Covid, j’ai ressenti, et je crois qu’on a tous ressenti chez Auxilia, le besoin de mieux comprendre ce qui était en jeu localement, les mutations en cours, les défis à venir, comment le contexte territorial avait évolué. Nous avons alors pris l’initiative de réunir, volontairement, une communauté d’intérêts de plusieurs centaines d’élu.es et de technicien.nes de collectivités rurales, pour écouter leurs besoins et comprendre le désarroi qu’ils expriment.

J’ai retenu trois convergences entre tous ces territoires, comme autant de défis à relever.

La première, c‘est de renforcer les centralités et recréer de la proximité. La question du logement est dans toutes les têtes mais elle est évidemment plus globale : comment recrées-tu des cœurs de bourgs agréables à vivre, disposant des services qui permettent aux habitant.es de se déplacer moins loin ?

Le deuxième, c’est la réinvention des lieux et des équipements publics. Face à la vacance mais aussi à leur sous-utilisation, face au recul des aménités et aux distances qui s’allongent, il faut en repenser les usages. Inventer du multiservice, recourir à l’itinérance, mutualiser les fonctions, peu importe, du moment qu’on recrée effectivement du service à l’habitant.e. Et il y a un vrai fourmillement d’idées et d’expérimentations en milieu rural !

Enfin, le 3ème point de consensus fort, c’est la santé. Cela ne peut se réduire au montage d’une maison de santé ni à une prise de compétences. Il s’agit d’animer ici une approche transversale, stratégique, politique, en affirmant que le rôle des collectivités est aussi de prendre soin de leurs habitant.es, par un urbanisme favorable à la santé, l’accès à une alimentation saine, la qualité des eaux, jusqu’à la renaturation et la préservation de la biodiversité.

On voit un renforcement de l’ingénierie territoriale à destination des territoires ruraux. Selon vous, quelles sont  les conditions du succès ?

Effectivement, des acteurs comme la Banque des Territoires et l’ANCT notamment ont renforcé l’ingénierie territoriale qu’ils apportent aux collectivités rurales. Vu les déficits de moyens dont ils souffrent, c’est une excellente chose. Mais si cette ingénierie est une condition indispensable pour faire émerger et sécuriser les projets de transformation de nos territoires, elle doit aussi respecter quelques prérequis.

D’abord, savoir écouter et comprendre les besoins, et pour ça, accepter de se déplacer, loin des métropoles, de s’immerger localement dans le territoire. En effet, les habitant.es de ces territoires, et leurs élu.es, éprouvent un manque de considération et ce mot est très important pour comprendre la situation actuelle. En effet, pour expliquer le vote massif des territoires ruraux en faveur du Rassemblement National, on a beaucoup parlé de la diminution des services (publics et privés) dans ces territoires. Il y a un sentiment de relégation, d’abandon. Aussi l’ingénierie dans ces territoires doit faire preuve d’une considération forte pour ses populations.

Se déplacer pour écouter les difficultés, comprendre vraiment les besoins est un préalable absolument indispensable dans nos missions.

Ensuite, les élu.es locaux ont besoin d’un accompagnement opérationnel, efficace pour trouver des réponses ou aider à faire émerger des projets. Comment recréer des activités, des services, des centralités ? Comment peut-on mieux vivre ici, mieux se déplacer, etc. ? De nombreux programmes, aides ou dispositifs existent pour ces territoires sur ces sujets, mais bien souvent ils ne sont pas sollicités, faute de temps ou par méconnaissance.

La troisième condition du succès selon moi, c’est l’urgence des coopérations territoriales. Nous sommes convaincu.es qu’on ne peut penser le destin de son territoire sur un périmètre administratif si celui-ci ne correspond pas au territoire vécu par les habitant.es. Des coopérations entre communes d’un même bassin de vie et l’intercommunalité, mais aussi entre intercommunalités voisines : animer ce dialogue est incontournable quand on appréhende l’enjeu des mobilités rurales par exemple.

Enfin et quatrième condition à mon sens, il faut repenser les codes de la mobilisation citoyenne. Réunions publiques et ateliers thématiques, ce n’est plus possible là où il faut désormais sortir des salles et aller-vers, les jeunes comme les moins jeunes, aller-chercher de nouveaux porteur.ses de projets.

Le désir d’implication est immense et cela suppose très souvent de changer aussi notre façon de faire du conseil.

Et chez Auxilia, qu’est-ce que tu proposes aux territoires ruraux concrètement ?

Nous sommes repartis des besoins exprimés par les élu.es locaux pour imaginer des accompagnements simples, économiques et opérationnels.

D’abord, nous avons créé un service d’ingénierie territoriale NICO pour Notre Incroyable Conseiller – pour aider les communes rurales et apporter aux maires et aux secrétaires de maire un appui individualisé et à la demande pour monter leurs projets concrets de développement local : comment s’y prendre, quels financements, que font les voisins, etc.

Ensuite, nous avons développé le dispositif « Révéler nos territoires » pour repenser les usages et les fonctions de lieux publics vides, vacants ou sous-utilisés dans nos communes rurales ou petites villes : cela peut-être une mairie annexe, une salle des fêtes, un lieu patrimonial, une place ou un espace public… En partant du principe que les acteurs du territoire (habitant.es, élu.es, services, entrepreneur.ses, associatifs) étaient les mieux placés pour dire ce dont ils ont besoin et ce qu’ils aimeraient voir, nous les accompagnons pour concevoir la programmation de ces lieux et l’émergence de projets

Puis nous accélérons la concrétisation des projets, en allant chercher de nouveaux porteur.ses et en les aidant à améliorer leur modèle, avec des méthodes de hackathon, pour les rendre plus originaux et plus robustes. Le dispositif historique Mon Centre-Bourg a un Incroyable Commerce, pour rouvrir les commerces vacants, en est l’illustration, avec 80 éditions depuis 2019 animées dans les petites villes et communes rurales, en métropole et outre-mer.

La plupart du temps, les porteur.ses de projet se trouvent dans les territoires, mais il faut savoir aussi chercher de nouveaux investisseur.es exogènes.

Sur ce point, nous nous attaquons aux friches dans nos territoires, identifier de nouveaux usages, trouver de nouveaux partenaires et ainsi forcer le destin de ces espaces délaissés : dernier dispositif en date, nous venons ainsi de diffuser avec notre partenaire GEOLINK EXPANSION notre propre Appel à Manifestation d’Intérêt « Territoires à Haut Potentiel Foncier Inexploité » pour expérimenter, avec les collectivités qui se porteront candidates, ces techniques nouvelles de transformation de friches.

Propos recueillis par Bertil DE FOS.
Pour en savoir plus sur Christian Chatard
Newsletter conçue par Margot Rat-Patron, cheffe de projets Energie & climat et toute l’équipe. Bravo Margot 😉

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