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L'édito juillet 2026

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Eclairer, partager, décloisonner, surprendre les nouvelles tendances, décrypter les signaux faibles…, autrement dit « Réveiller nos futurs », la proposition de la newsletter d’Auxilia. Prospective et réaliste, nous l’avons imaginée comme une source d’inspiration pour les territoires et les structures que nous accompagnons, quels qu’ils soient.

L’eau ne s’adaptera pas à nos besoins.

Votre autrice et interlocutriceManon DEBRUC

Manon DEBRUC

Cheffe de projets senior Eau & biodiversité - Co-directrice de l'expertise

La gestion de l’eau fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Et pour cause. Après les sécheresses de 2022, les inondations de 2024 et de 2025, ce sont les canicules exceptionnelles de juin et de juillet 2026 qui sont venues rappeler, avec une brutalité presque banale, que l’eau est au cœur de nos vulnérabilités.

Nous avons tous ressenti (et ressentons encore) les effets de cette dernière vague de chaleur : des nuits où l’on dort mal, des logements devenus difficilement habitables, des villes suffocantes dès le début de la journée. Les conséquences sont visibles, immédiates, intimes. D’autres, en revanche, passent largement sous les radars. Pendant que l’on cherche un peu de fraîcheur, un autre phénomène se joue, plus discret. Sous l’effet de la chaleur, nos usages évoluent et nos besoins en eau augmentent. De nombreuses usines de production d’eau potable fonctionnent actuellement à plein régime pour répondre à une hausse des consommations. En passant par la Vendée, la Bretagne ou jusqu’en PACA, aucun territoire n’est épargné.

Parallèlement, les cours d’eau et les nappes phréatiques ont atteint des niveaux exceptionnellement bas dès le début de l’été. Les milieux aquatiques ont subi un stress précoce, les usages sont entrés en concurrence plus tôt que prévu et les premières restrictions sont revenues alimenter un débat désormais familier.

Nous parlons beaucoup d’eau.Mais parlons-nous vraiment du bon sujet ?

r derrière les discussions sur les retenues, les réseaux, les économies d’eau ou les conflits d’usage se cache une question plus fondamentale : quel est exactement le problème que nous cherchons à résoudre ?

Depuis plusieurs décennies, notre raisonnement est relativement constant. Nous identifions des besoins (produire, habiter, irriguer, refroidir, développer les territoires) puis nous cherchons les moyens de mobiliser une ressource capable de les satisfaire. Lorsque celle-ci devient insuffisante, nous améliorons les infrastructures, créons de nouveaux ouvrages, transférons l’eau d’un bassin versant à l’autre, stockons davantage ou développons des technologies toujours plus performantes. Autrement dit, nous cherchons à adapter la ressource à nos besoins. Or c’est précisément ce raisonnement qui montre ses limites.

Le cycle de l’eau est un cycle fermé. La quantité d’eau présente sur terre n’augmente pas. Mais l’eau douce effectivement disponible pour les milieux et les usages humains est limitée, inégalement répartie et de plus en plus variable. Nous l’apprenons dès le plus jeune âge. Ce qui change, en revanche, c’est sa répartition dans le temps, dans l’espace et sous ses différentes formes. Avec le changement climatique, cette variabilité s’accentue et rend plus fréquentes les situations où la ressource disponible ne correspond plus à nos attentes.

Dès lors, la question n’est peut-être plus comment trouver suffisamment d’eau pour satisfaire tous nos besoins. Elle devient comment faire évoluer nos besoins pour qu’ils restent compatibles avec la ressource réellement disponible.
La nuance peut sembler sémantique. Elle est en réalité profondément politique.

L’eau nous obligeà prioriser.

Comme le rappelle souvent Charlène Descollonges, « l’eau est politique ». Non parce qu’elle serait un sujet réservé aux spécialistes, mais parce qu’elle nous oblige à hiérarchiser, à coopérer, à inventer d’autres manières d’habiter les territoires en définissant ce qui est acceptable et ce à quoi nous sommes prêts à renoncer.

Peut-on continuer à urbaniser sans tenir compte de la ressource disponible ? Toutes les productions agricoles doivent-elles être maintenues partout ? Certains usages industriels, touristiques ou récréatifs doivent-ils devenir conditionnels ?

Ce renversement de perspective n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. De nombreux territoires expérimentent déjà d’autres façons de penser : PTGE, démarches de sobriété, restauration des zones humides, hydrologie régénérative, désimperméabilisation, évolution des systèmes agricoles, urbanisme plus résilient… Les initiatives se multiplient. Le SAGE Argoat-Trégor-Goëlo (dans les Côtes d’Armor) ou encore la Communauté de Communes Gérardmer Hautes Vosges (dans les Vosges) ont par exemple lancé des études Ressources-Besoins (et non l’inverse), un prisme sémantique non neutre et pourtant si crucial pour aborder la réflexion autour de la gestion de l’eau. Sur un plan plus pragmatique, sur le bassin versant de la Siagne et aux alentours, en Pays de Fayence, l’année dernière, l’urbanisme a été mis en pause pour préserver les ressources en eau : les permis de construire ont été suspendus pendant 5 ansplusieurs communes ayant constatées qu’elles ne disposaient plus de suffisamment d’eau pour répondre à de nouveaux besoins. 

Et pourtant, malgré cette dynamique, le paradigme dominant reste souvent celui de l’adaptation de la ressource à la demande. Pourquoi ?

Sans doute parce que notre imaginaire collectif s’est construit autour de l’abondance et de la maîtrise technique. Depuis plus d’un siècle, chaque difficulté a trouvé sa solution dans un nouvel équipement, une nouvelle infrastructure ou un nouveau progrès technologique. Cette capacité d’ingénierie est une formidable réussite. Mais elle entretient aussi l’idée que toute limite peut, tôt ou tard, être dépassée.

Changer de paradigme demande un effort bien plus difficile que construire un équipement ou un ouvrage : il suppose d’accepter que certaines limites ne soient pas des défaillances à corriger mais des réalités avec lesquelles composer. Il suppose également de déplacer notre regard. La sobriété n’est plus seulement un comportement individuel consistant à ne plus prendre de bain ou à fermer le robinet pendant que l’on se brosse les dents. Elle devient un principe d’organisation des territoires, des activités économiques et des politiques publiques. Elle interroge l’aménagement, l’agriculture, l’industrie, le tourisme, le logement…

Finalement, une gestion plus durable de l’eau ne consiste peut-être pas seulement à mieux partager une ressource devenue rare. Elle commence par une remise en cohérence entre nos modes de vie et ce que cette ressource permet.

Ce n’est donc effectivement pas une simple question de sémantique. C’est un changement de regard. Et, peut-être, le véritable défi de toute transition.

Cet article fait l’objet du Pas de côté de notre Newsletter conçue par Alice de la Vaissière, Margot Rat-Patron et Yohan Gaillard, tous 3 chez Auxilia Conseil. Bravo et merci 🙂

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