Jusqu’où le backlash écologique produira-t-il ses pernicieux effets ? Non content de faire reculer le cadre législatif (ZFE, ZAN, Green Deal…) et de semer le doute sur les préoccupations environnementales des Français (qui stagnent plus qu’elles ne reculent), il en arrive à frapper les acteurs de terrain de la transition écologique.
A l’instar des « prophéties auto-réalisatrices », le backlash a commencé par dire la régression avant de l’organiser. Dans les médias, dans les politiques publiques, les thématiques écologiques ont reculé d’un cran, rétrogradant du même coup la préoccupation citoyenne et l’action publique sur ce champ. Subrepticement, il est devenu plus acceptable, voire politiquement bénéfique, de réduire les soutiens publics apportés aux acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) qui œuvrent, chaque jour, pour réduire nos impacts environnementaux et construire une autre économie.
Les effets concrets sur les territoires ne s’en font pas attendre. Depuis peu, un véritable « plan social » s’opère à bas bruit : en un an seulement, plus de 12 000 emplois dans l’ESS ont été supprimés (voir ici l’article de Mediapart), notamment dans les associations environnementales. De même, le secteur de l’insertion par l’activité économique subit, depuis quelques années, un gel des postes, alors que les besoins sont croissants. Ainsi, nos projets de mise en place de nouvelles structures concrètes, telles que les ressourceries, se heurtent à l’absence de postes à ouvrir, ce qui hypothèque ou complexifie des projets pourtant gagnants sur le plan économique, social et écologique.
Et aujourd’hui, avec le projet de loi visant à renforcer l’état local s’attaque à l’ADEME, souhaitant la mettre sous la houlette des préfets. Cette agence, dont l’agilité et la relative autonomie de pensée étaient une force, risque de se retrouver bridée, cornaquée, muselée. Ainsi, imagine-t-on la campagne des « Dévendeurs » (2023), qui mettait en scène des vendeurs n’incitant pas à surconsommer, impulsée par l’Etat lui-même ?
Ces coups et ces coupes ne frappent pas seulement des symboles : elles touchent ce que nous pouvons appeler les « bras armés » de la transition écologique des territoires. Avec Auxilia, la centaine d’ateliers que nous organisons chaque année dans le cadre de nos missions mobilise, à chaque fois, les acteurs de l’ESS, les entreprises engagées, les associations locales, et bien évidemment l’Ademe. Ce sont ces acteurs qui font avancer concrètement les économies d’énergie, le réemploi solidaire, l’alimentation locale, les mobilités douces, etc.
Cette société civile que nos voisins européens nous envient risque fort de ne plus pouvoir contribuer, comme elle le faisait auparavant, à la réussite des politiques locales de transition. Partout, nous entendons des acteurs devoir supprimer des postes, renoncer à des projets, rogner sur le bien-être de leurs salariés. Avec une équation relativement simple à résoudre : moins d’acteurs agissant pour l’écologie = moins de résultats environnementaux.
Dans ce contexte, Auxilia Conseil appelle les collectivités à ne pas céder à la facilité qui consiste à rogner sur les soutiens octroyés à ces bras armés de la transition écologique. Cela implique de sortir d’un certain dogmatisme budgétaire : ces structures apportent généralement davantage que ce qu’elles ne coûtent, si l’on daigne intégrer l’ensemble de leurs impacts (bénéfices environnementaux, lien social, recul de la pauvreté…) et les coûts évités. Cela n’empêche pas, bien évidemment, la maîtrise de la dépense : mais alors autant commencer, comme la méthodologie des « budgets verts » nous y invite, par couper dans les dépenses nuisibles à l’environnement.
Cet article fait l’objet du Pas de côté de notre Newsletter conçue par Alice de la Vaissière, Margot Rat-Patron et Yohan Gaillard, tous 3 chez Auxilia Conseil. Bravo et merci 🙂
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