L’économie circulaire dans le monde : approches et pratiques

Alors que l’économie circulaire gagne en visibilité, son poids réel dans l’économie mondiale continue de reculer. À partir d’une étude menée pour l’Ademe et l’AFD, Auxilia Conseil et Circulab analysent les différentes approches de l’économie circulaire à l’international, les freins à son déploiement et les initiatives qui ouvrent la voie à des modèles plus sobres, locaux et résilients.

Votre auteur et interlocuteurSamuel SAUVAGE

Samuel SAUVAGE

Directeur de projets Senior Economie circulaire et Numérique responsable
Bien que l’économie circulaire soit de plus en plus invoquée, elle recule d’année en année : selon le Circularity Gap Report, qui mesure chaque année le taux de circularité de l’économie mondiale, il est tombé à 6,9 % en 2025 (contre 8,6 % en 2022)1. Cette absence de circularité s’accompagne logiquement d’une prédation croissante de ressources : depuis 1970, la consommation mondiale de ressources a été multipliée par 3,52, une augmentation plus que proportionnelle à l’augmentation du PIB et de la population mondiale sur la même période.

Comprendre cet échec implique de cerner la place occupée par l’économie circulaire dans ce que nous pourrions appeler la gouvernance mondiale, à travers ses éléments de langage, ses porte-drapeaux, ses manières d’être comprise et ses applications. C’est en tout cas pour clarifier cette situation que l’Ademe et l’AFD ont confié à Auxilia Conseil et Circulab le soin de conduire une étude leur permettant ensuite d’ajuster leurs interventions à l’international. L’étude s’est basée sur une large enquête documentaire et une quarantaine d’entretiens3 de structures internationales investies sur l’économie circulaire.

Economie circulaire : un sujet ni défini, ni structuré

D’abord, évoquons le terme. L’économie circulaire ne dispose pas d’une définition reconnue à l’échelle internationale. Pour certains chercheurs, il existe plus de 200 définitions distinctes4, mettant plus ou moins l’accent sur la mise sur le marché par les acteurs économiques, la demande émanant des consommateurs ou la gestion des déchets produits. Ainsi, l’économie circulaire est parfois approchée par la déclinaison des 3R (« réduire », « réutiliser », « recycler ») à l’ensemble des boucles de création de valeur à chaque étape d’une chaîne ou d’un cycle de vie. D’autres R ont été ajoutés au fil du temps : refuser, réparer, renouveler, réhabiliter, récupérer, refabriquer…

Il apparaît rapidement que la définition française portée par l’Ademe, basée sur 7 piliers (approvisionnement durable, écoconception, écologie industrielle et territoriale (EIT), économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), consommation responsable, allongement de la durée d’usage, recyclage)5, est relativement isolée. Ainsi, l’accent mis sur d’autres modèles économiques basés sur le service (l’EFC) ou sur la coopération entre entreprises (l’EIT), malgré sa pertinence, n’est pas partagé sur le plan mondial.

De surcroît, l’économie circulaire souffre d’un manque de structuration en termes de réseaux d’acteurs. Non que le sujet soit déserté : il existe à la fois des agences spécialisées des Nations Unies (PNUE, PNUD), des bailleurs de fonds (GIZ, AFD…), des think tanks (fondation Ellen Mac-Arthur, Circle Economy…) ou des réseaux nationaux ou régionaux (ACEA, CELAC…). Mais soit ces acteurs ne portent pas une vision transformatrice, soit ils disposent de moyens trop limités.

Des enjeux internationaux au-delà des déchets

Les zones géographiques étudiées, de l’Amérique latine à l’Inde, en passant par le Maghreb ou l’Afrique subsaharienne, dénotent évidemment de fortes disparités dans les enjeux perçus par l’économie circulaire. Toutefois, il apparaît que la majorité des régions la perçoivent principalement comme une gestion des déchets améliorée. Beaucoup de territoires africains ou asiatiques se retrouvant avec les rebuts des économies dominantes, la prévalence de la thématique des déchets n’est pas surprenante, d’autant qu’elle existe également en Europe.

D’où une première piste d’explication de l’incapacité de notre économie de réduire l’extraction à la racine : le concept même d’économie circulaire est généralement pris par un petit bout de la lorgnette.

Pourtant, les enjeux soulevés par les acteurs de terrain dépassent largement le sujet des déchets. Ainsi, dans des zones où l’accès à l’eau ou aux sols fertiles est difficile (Maghreb, Afrique subsaharienne notamment), la question d’un approvisionnement durable est rapidement apparue comme centrale. Comment aider les agriculteurs, les industries, à continuer à produire dans un climat de plus en plus chaud et sec ? De nouveaux modèles économiques, naturellement sobres, sont donc recherchés, avec néanmoins deux inquiétudes parfois exprimées concernant le développement de l’économie circulaire : la mise en danger d’activités auparavant informelles (on pense notamment aux collecteurs-revendeurs de déchets) et la mise en place, par l’entremise de grandes entreprises internationales, d’un nouveau « colonialisme vert ».

Au-delà des paroles, des actes

Dans ce contexte guère réjouissant, le travail réalisé a conduit à identifier des leviers et des retours d’expérience intéressants, partout dans le monde. L’étude recense douze initiatives internationales sélectionnées pour leur caractère innovant et réplicable6.

L’un des premiers leviers concerne le financement, pour rééquilibrer une économie où les ressources sont considérées comme gratuites. Au vu des sommes en jeu, ce défi requiert la mobilisation de fonds publics / privés. Par exemple, l’AFD a accordé un prêt de 80 millions d’euros à la banque de développement industriel (TSKB) afin de financer des projets circulaires et de soutenir les entreprises qui s’engagent dans la circularité. En France, la mise en place de fonds pour le réemploi et la réparation participent de ce nécessaire rééquilibrage économique. De même, RePurpose Global parvient à financer des projets locaux de collecte et de recyclage de plastique dans sept pays tout en mobilisant des marques internationales.

Les initiatives se caractérisent également par une approche « global to local » : la mondialisation impose une échelle planétaire aux flux de matières, mais l’efficacité de l’économie circulaire dépend de sa capacité à s’ancrer dans des besoins locaux. C’est ainsi que la plateforme Latitud’R, développée en Amérique latine, favorise l’échange d’expériences entre gouvernements et entreprises locales, articulant vision régionale et actions concrètes. En France, le Low Tech Lab illustre également la tension féconde entre global et local : il mutualise et diffuse à l’échelle mondiale des solutions sobres (low tech), mais leur déploiement reste profondément ancré dans des expérimentations locales et participatives.

Enfin, ces initiatives s’appuient sur une évolution des comportements et des mentalités. Par exemple, l’initiative Repair Kopitiam à Singapour crée une dynamique communautaire autour de la réparation bénévole, luttant contre la culture du jetable tout en recréant du lien social. Aux Philippines, Ananas Anam, avec son textile Piñatex à base de feuilles d’ananas, illustre la possibilité de monétiser des résidus agricoles et de diversifier sa production.

Ce rapide panorama n’a pas l’ambition de répondre de manière complète et définitive aux enjeux du déploiement de l’économie circulaire dans le monde. Il offre cependant un aperçu des perceptions, besoins et initiatives actuels, montrant l’ampleur du chemin restant à parcourir !

Auteurs : Samuel Sauvage (Auxilia Conseil) et Justine Laurent (Circulab)
Etude complète disponible sur demande


1 Circularity Gap Report 2025, Circle Economy. Méta-analyse comparative de l’écart entre la somme de l’extraction et de la production et la somme des déchets réutilisés/recyclés.
2 Global Resource Outlook 2024, International Resource Panel (PNUE).
3 Travaux de recherche menés par Auxilia et Circulab entre mai et septembre 2024, combinant revue documentaire et entretiens auprès d’entreprises, d’expertes et d’institutions locales ou internationales investies sur l’économie circulaire.
4 Julian Kirchherr et al., « Conceptualizing the circular economy: An analysis of 221 definitions ».
5 ADEME, 2013, Économie circulaire, notions.
6 Sauf mention contraire, les données chiffrées relatives aux études de cas citées dans cet article (montants, tonnages, chiffres d’affaires) sont issues des entretiens conduits avec les porteurs de projets et de leurs communications publiques, dans le cadre des travaux de recherche menés par Auxilia et Circulab en 2024.

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