Et si les services venaient aux habitants plutôt que l’inverse ? Retours d’expérience dans les Côtes d’Armor 2/3

Derrière cette intuition se dessine une réflexion plus large sur les mutations des ruralités, les dépendances à la voiture individuelle, le vieillissement de la population, l’évolution des modes de consommation et la fragilisation des services de proximité. C’est dans ce contexte que, depuis 2024, les réflexions sur l’accès aux services, les mobilités et le lien social ont conduit au déploiement d’une expérimentation de conciergerie itinérante et multiservices, pensée au plus près des réalités rurales des Côtes-d’Armor.

Concrètement, un véhicule circulera entre plusieurs points de proximité pour livrer des produits, acheminer des services, collecter des commandes et transporter des passagers pour proposer une solution de mobilité alternative.

Votre interlocutriceCéline FAURE

Céline FAURE

Consultante Développement économique & entrepreneuriat
Votre interlocutriceFlorine RABIER

Florine RABIER

Consultante Développement territorial
Votre interlocuteurChristian CHATARD

Christian CHATARD

Directeur Stratégie de Territoires, des Ruralités innovantes et de l'agence de Vannes

Co-construire des scénarios ancrés dans le réel

Explorer la viabilité économique et l’impact environnemental et social d’une telle solution n’exclut pas la participation des habitants et acteurs locaux dans la démarche, bien au contraire. L’acceptabilité et la pérennisation d’une solution de conciergerie passent par une démarche d’écoute et d’inclusion.

Concrètement, notre démarche collaborative s’est fondée sur une mobilisation des associations, des commerçants, des entreprises et des acteurs publics afin de nourrir nos réflexions et saisir les attentes. Nous avons recueilli la parole des acteurs locaux à travers des entretiens et sommes allés à la rencontre d’initiatives similaires pour intégrer leurs retours d’expérience. Un questionnaire diffusé auprès des habitants est venu compléter cette approche.

Ce travail ne visait pas seulement à recueillir des besoins, mais à faire émerger des usages concrets et des conditions d’appropriation du service.

En croisant ces points de vue, nous avons pu construire des cas d’usages et faire émerger des scénarios contrastés. Quatre scénarios se sont dessinés :

  • Scénario 1 : une conciergerie à dominante logistique
    La conciergerie compléterait des maillons logistiques existants pour rapprocher produits et services au plus près des habitants, en optimisant des trajets déjà réalisés.
    Exemple : mutualiser des tournées existantes pour livrer des produits locaux ou des commandes en point relais mobile.
  • Scénario 2 : une conciergerie au service de l’itinérance des artisans et commerçants
    Des professionnels pourraient accéder à un véhicule aménagé et partagé pour venir proposer leurs services ponctuellement dans les zones rurales.
    Exemple : un artisan ou commerçant qui « tourne » sur plusieurs communes selon un planning défini.
  • Scénario 3 : un concierge au contact des habitants
    Le concierge jouerait un rôle d’intermédiaire en apportant des produits (livraisons) et des services (petites réparations, services du quotidien).
    Exemple : un agent qui réalise une tournée de livraisons et de petits services auprès de publics peu mobiles.
  • Scénario 4 : une conciergerie centrée sur la mobilité
    Un service hybride transportant des personnes vers les centralités tout en optimisant les trajets en ramenant des produits au retour.
    Exemple : un aller vers la gare ou un pôle de services qui devient aussi une tournée logistique au retour.

Pour approfondir ces scénarios, nous les avons confrontés à des temps d’intelligence collective réunissant habitants, commerçants, acteurs locaux et élus.

L’objectif : passer du concept à des « proto-services » en posant des questions très concrètes : qui utilise ? pour quels besoins ? à quel prix ? à quelle fréquence ?

Tester la viabilité : des modèles pour objectiver les choix

Afin d’anticiper l’atterrissage opérationnel des scénarios, nous avons déployé un cadre d’analyse tridimensionnel fondé sur trois dimensions complémentaires : économique, environnementale et sociale. Nous avons ainsi construit des hypothèses dynamiques en nous posant des questions très concrètes :

  • Combien de kilomètres parcourra la conciergerie chaque jour ?
  • Combien de personnes utiliseront le service ?
  • Quels types de services seront réellement mobilisés ?
  • A quelle fréquence ?

Ces hypothèses ont nourri un modèle ajustable permettant de tester différents fonctionnements. Concrètement, nous avons simulé des situations réalistes :

  • Combien coûte un aller-retour quotidien vers la gare d’Yffiniac ?
  • Combien de clients faut-il pour équilibrer une tournée ?
  • Quels services génèrent le plus de valeur ?

Sur le plan environnemental, nous avons comparé les impacts selon plusieurs configurations (véhicule thermique, électrique, VELI). Sur le plan social, nous avons intégré des critères d’accessibilité, d’inclusion et de contribution au lien social.

Cette approche permet de faire émerger non pas un modèle unique, mais des équilibres possibles, dépendants des choix opérés.

Premiers enseignements : entre potentiel et conditions de réussite

Ce travail de modélisation met en évidence plusieurs enseignements structurants. Un impact social fort, notamment en matière de lien social et d’accès aux services, un intérêt environnemental réel, à condition d’optimiser les trajets et les usages des modèles économiques fragiles lorsqu’ils reposent uniquement sur des revenus marchands. En particulier : la logistique apparaît comme un levier structurant du modèle, la multiplicité des services renforce la robustesse économique, un modèle 100 % privé semble difficile à atteindre sans hybridation

Il en ressort un besoin récurrent par la construction de modèles économiques hybrides, combinant recettes d’activité et soutien public (communes, intercommunalités, partenaires).

Retour au terrain : confronter les modèles à la réalité

Ce travail de modélisation n’a pas été conçu en chambre. Tout au long de la démarche, nous avons associé les acteurs du territoire pour challenger nos hypothèses.

Nous sommes ainsi retournés vers eux pour présenter les scénarios et les hypothèses, recueillir leurs réactions, ajuster les modèles et explorer les conditions de portage et de gouvernance.

Ce retour terrain joue un rôle clé, il permet de passer de modèles théoriques à des solutions réellement appropriables. Il révèle également un enjeu majeur : au-delà du modèle économique, la réussite du projet repose sur la capacité à construire une gouvernance locale solide.

Et maintenant ? La suite du travail s’inscrit dans cette continuité : tester ces scénarios en situation réelle, au contact des usagers et des usages.

Plusieurs configurations apparaissent viables sur le papier… mais résisteront-elles à l’épreuve du réel ?

Dans le chapitre 3, nous vous emmenons à Quessoy et Pommeret pour découvrir l’expérimentation, son déploiement sous format test et les premiers retours des usagers.


Le chapitre #1 explore comment Auxilia Conseil accompagne les collectivités des Côtes-d’Armor dans l’expérimentation d’une conciergerie itinérante et multiservices, pensée pour rapprocher les services des habitants tout en répondant aux enjeux de mobilité, de lien social et de transition écologique.

Ce dispositif a été présenté aux Assises européennes de la transition énergétique, à Dijon, du 23 au 25 juin 2026.


Qu’est-ce que la Fabrique des services ?

La Fabrique des services est une démarche portée par Auxilia visant à recréer des services utiles à la population dans les territoires, en particulier ruraux et périurbains. Elle repose sur le croisement de deux grandes transitions.

La première est une logique de sobriété foncière et de réactivation des lieux existants : redonner de l’activité, des services, de l’emploi et des usages à des bâtiments publics vides, vacants ou sous-utilisés, plutôt que produire systématiquement de nouveaux équipements.

La seconde répond à l’évolution des modes de vie et des usages des habitants depuis la crise du Covid-19 : recherche de proximité, besoin de flexibilité, développement du multi-services, de l’itinérance, du numérique, de l’automatisation ou encore des logiques de points relais et de mutualisation.

À travers cette démarche, Auxilia accompagne les collectivités et les acteurs locaux dans l’invention de nouvelles formes de services de proximité, adaptées aux réalités sociales, économiques et écologiques des territoires.

 

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