Resilient Voices : en France et en Allemagne, donner la parole aux publics vulnérables face aux risques

De septembre 2025 à septembre 2026, Auxilia Conseil et le DKKV – Comité allemand pour la réduction des catastrophes ont mené le projet européen Erasmus+ Resilient Voices. Son objectif : mieux comprendre comment les personnes en situation de vulnérabilité perçoivent les risques naturels et comment leurs expériences, leurs besoins et leurs capacités d’action peuvent être intégrés à la préparation aux crises.

Votre autrice et interlocutriceElodie GOUHIR

Elodie GOUHIR

Cheffe de projets Senior Stratégie de territoires, Urbanisme et Energie & climat

En France, Auxilia Conseil a conduit la démarche sur le territoire de la Communauté de communes Erdre et Gesvres, en lien avec l’élaboration de son Plan intercommunal de sauvegarde (PICS). En Allemagne, le DKKV a organisé plusieurs groupes de discussion à Buxtehude. Ces expérimentations ont notamment permis de tester, auprès de différents publics, le jeu coopératif « See. Feel. Act. – An Inclusive Game for Disaster Preparedness ».

Un jeu pour voir, ressentir et agir

À partir de cartes illustrées, le jeu propose d’aborder une situation de risque en trois étapes :

  • Voir : que se passe-t-il et quelles pourraient être les conséquences de cet événement ?
  • Ressentir : quelles émotions cette situation provoque-t-elle ?
  • Agir : que peut-on faire, individuellement ou collectivement, pour se préparer et réagir ?

Après avoir identifié des solutions, les participants sont invités à réévaluer leurs émotions. Le jeu permet ainsi de montrer que la connaissance des bons comportements et des ressources disponibles peut réduire l’anxiété et renforcer le sentiment de pouvoir agir.
Tout au long du projet, Auxilia Conseil et le DKKV ont partagé leurs méthodes et leurs retours d’expérience lors de réunions régulières. Auxilia Conseil a également accompagné le DKKV dans la prise en main du jeu et de ses principes d’animation.

À Buxtehude, deux groupes aux expériences complémentaires

À la mi-mai, le DKKV a organisé deux ateliers réunissant chacun huit personnes : l’un avec des résidents de Lebenshilfe Buxtehude, qui accompagne notamment des personnes en situation de handicap, et l’autre avec les participants d’un cours d’allemand de niveau B2 destiné aux personnes issues de l’immigration, à la VHS de Buxtehude.

Les participants de Lebenshilfe disposaient déjà de certaines connaissances sur la préparation aux crises. Plusieurs connaissaient l’application allemande d’alerte NINA ou s’intéressaient aux sapeurs-pompiers volontaires. Ils ont proposé des solutions très concrètes : visites de casernes, rencontres avec les services de secours, participation à des journées portes ouvertes ou intégration de la préparation aux crises dans les activités sportives et de loisirs.
Les participants au cours de langue ont, quant à eux, insisté sur la nécessité de diffuser des informations simples et faciles d’accès. Plusieurs avaient déjà connu des catastrophes ou des crises dans leur pays d’origine. Leurs témoignages ont fait apparaître des difficultés – désinformation, accès insuffisant aux formations aux premiers secours, poids des expériences de guerre –, mais aussi de véritables ressources : expérience des crises, solidarité et forte volonté d’aider les autres.
Dans les deux groupes, les participants ont exprimé le souhait d’être davantage associés aux démarches de préparation aux catastrophes.

Sur le territoire de la CC d’Erdre et Gesvres, un atelier marqué par la canicule et la crise climatique

Le 15 juillet, Auxilia Conseil a mobilisé le même jeu auprès de personnes présentant des fragilités psychologiques, dans le cadre d’un atelier organisé avec l’association GEM Groupe d’entraide mutuelle situé à Nord-sur-Erdre.
Malgré la canicule, 11 personnes ont fait le déplacement, témoignant de leur fort intérêt pour le sujet. À partir de trois situations – canicule, tempête et inondation –, elles ont décrit les impacts possibles sur leur vie quotidienne, partagé leurs ressentis et identifié des solutions pour mieux se préparer ou demander de l’aide.
Les échanges sur les émotions ont été particulièrement riches. Ils ont rapidement dépassé les seules situations proposées par le jeu pour ouvrir une conversation plus large sur la crise climatique. Les participants ont exprimé une sensibilité aiguë à ses conséquences et, notamment, aux inégalités face à l’adaptation.
Tous ne disposent pas des mêmes possibilités pour se protéger de la chaleur, adapter leur logement, se déplacer, accéder à une information fiable ou mobiliser des ressources matérielles et relationnelles. Ces discussions ont rappelé que la vulnérabilité ne dépend pas uniquement de caractéristiques individuelles : elle est aussi liée aux conditions de vie et à l’accès inégal aux solutions.
Le protocole, fondé sur des supports visuels, des consignes simples et l’expression des émotions, a permis de créer un cadre accessible et sécurisant. Comme dans les ateliers allemands, la recherche collective de solutions a aidé les participants à passer de l’inquiétude à l’identification de capacités d’action concrètes.

En savoir plus sur l’expérience de la CC d’Erdre et Gesvres.

Ne plus voir uniquement les vulnérabilités, mais aussi les ressources

La mise en regard des ateliers français et allemands fait apparaître des besoins différents selon les publics : compréhension de l’information, accessibilité des dispositifs, prise en compte des fragilités psychologiques, lutte contre la désinformation ou accès aux ressources permettant de s’adapter. Mais elle révèle surtout des ressources souvent sous-estimées : expérience des crises, connaissance de son quotidien, solidarité, volonté de s’engager et capacité à imaginer des solutions adaptées.

Resilient Voices invite ainsi à changer de regard. Les personnes vulnérables ne sont pas seulement des personnes à protéger ou à assister. Elles doivent être reconnues comme des actrices de leur propre sécurité et comme des contributrices à la résilience collective.
En France comme en Allemagne, les expérimentations ont montré l’importance d’associer directement les publics concernés, de s’appuyer sur leurs structures de proximité et de proposer des outils accessibles. Une préparation aux crises véritablement inclusive commence par trois gestes simples : voir les risques, reconnaître les émotions qu’ils provoquent et renforcer la capacité de chacun à agir.

Vous souhaitez en savoir plus ?  Vous êtes une collectivité, une association, un professionnel de l’accompagnement ou simplement intéressé par les enjeux d’inclusion dans la prévention des risques naturels ? Contactez-nous pour en savoir plus sur le projet Resilient Voices, découvrir ses enseignements ou échanger sur les démarches pouvant être mises en œuvre dans votre territoire.  

Contacter Elodie Gouhir    

 

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