Une perspective redirectionniste sur la sobriété

GRAND FORMAT Sobriété énergétique 3/4

Face à l’accélération de la consommation matérielle mondiale et la nécessité de préserver notre écosystème, la sobriété énergétique présente de nouveaux enjeux par le renouveau des politiques publiques et leur acceptabilité par les populations.

Bastien Marchand, consultant – doctorant en redirection écologique chez Auxilia revient dans ce « Grand Format » (3/4) sur l’idée même de redirection sur la sobriété comme une alternative aux stratégies de RSE et de développement durable insuffisantes et souvent globales.

Votre interlocuteurBastien MARCHAND

Bastien MARCHAND

Consultant - Doctorant en redirection écologique
Votre interlocuteurBertil DE FOS

Bertil DE FOS

Directeur général

La stratégie conciliatrice actuellement poursuivie (par le développement durable, la RSE ou la transition écologique) apparaît insuffisante face à l’ampleur, la vitesse et la systémicité des destructions écologiques aujourd’hui à l’œuvre. Au contraire, pour la redirection écologique, « tout, heureusement ou malheureusement, ne pourra pas être maintenu ». Dès lors, l’horizon de la sobriété, ce n’est pas simplement de « passer l’hiver », comme l’a récemment proposé le Ministre de l’économie et des finances, mais plutôt de définir « ce à quoi nous sommes prêts à renoncer, pour maintenir les choses précieuses à notre subsistance » (Héritage et Fermeture. Une écologie du démantèlement, Diego Landivar, Emmanuel Bonnet et Alexandre Monnin – Divergences, 2021, p.119).

Une sobriété démocratique, collective et située

Si le succès médiatique récent de la sobriété vient avec un dévoiement de sa puissance subversive — elle se retrouve réduite aux écogestes individuels, —voire assimilée à tort à l’efficacité énergétique —, le redirectionnisme porte un autre discours. Il défend une descente énergétique et matérielle définie et mise en œuvre démocratiquement, toujours de manière située et tenant compte des dépendances et des attachements des collectifs concernés. Cela peut paraître évident, mais une vie sobre ne recouvre pas les mêmes réalités pour la station de ski du Métabief, dans le Jura, et pour la ville de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane. Entre les échelles micro et macro, « s’ajoute un niveau plus “méso”, afin de penser l’Anthropocène, non pas uniquement comme une affaire quotidienne, reposant essentiellement sur des individus à qui on demande de se décrire, d’énoncer ce à quoi ils sont prêts à renoncer, ou ce qu’ils souhaitent conserver, mais aussi sur des formes d’organisation collectives » (Héritage et Fermeture, p.122).

Une sobriété cosmologique

Cette méso-sobriété matérielle et énergétique ne se fera pas sans « sobriété cosmologique » (Héritage et Fermeture, p.118). Comment collectivement abandonner certains imaginaires insoutenables, s’interdire certains fantasmes technologiques, refuser de se projeter dans tel ou tel futur ancré hors des limites planétaires… pour ne pas les faire advenir et préserver un présent habitable ? L’histoire de la roue fournit, à cet égard, un exemple parlant : il semblerait que, bien qu’ils en connaissaient l’existence et l’usage (les archéologues en ont retrouvé sur des jouets d’enfants), les Aztèques ont refusé d’utiliser la roue dans leurs activités productives, agricoles ou militaires pour des raisons cosmologiques ou psychanalytiques et « parce qu’ils ne voulaient pas du développement technologique qu’elle incarnait » (Histoire politique de la roue, La Librairie Vuibert, 2020, p.152). Certains collectifs parviennent donc bien à « bloquer » l’émergence de futurs perçus comme indésirables.

Un retour aux fins

Pour arriver à cette double sobriété matérielle-énergétique et cosmologique, la proposition de la redirection consiste à changer de plan de réflexion : s’extirper de la discussion technique sur les moyens d’arriver aux fins que l’on s’est donné pour questionner lesdites fins. Pourquoi, pour quoi produire ce que nous produisons ? Une telle problématique mériterait, pour espérer y apporter une réponse convaincante, de concevoir des instances (certains plaident par exemple pour la création d’« assemblées citoyennes du rationnement ») et d’élaborer des « protocoles de renoncement » (certains sont par exemple en cours sur l’arrêt de la construction neuve ou avec la Ville de Grenoble).

Dans le 1er « Grand Format » (1/4) intitulé « Un territoire sobre pour contrer l’ébriété énergétique… », Auxilia pose la nécessaire articulation entre sobriété individuelle et sobriété collective pour contrer les mouvements d’ébriété énergétique. Mais cela doit être soutenu par des politiques publiques plus ambitieuses, planifiées et intégrant les enjeux de justice sociale. Lecture disponible ici.

Le second « Grand Format » (2/4) intitulé « Construire des récits mobilisateurs dans les territoires », Auxilia pose la nécessaire articulation entre sobriété individuelle et sobriété collective pour contrer les mouvements d’ébriété énergétique. Mais cela doit être soutenu par des politiques publiques plus ambitieuses, planifiées et intégrant les enjeux de justice sociale. Lecture disponible ici.

Auxilia revient dans ce « Grand Format » (3/4) sur l’idée même de redirection sur la sobriété comme une alternative aux stratégies de RSE et de développement durable insuffisantes et souvent globales. 

Dans le dernier « Grand Format » de notre série de 4, Quentin Herbet, chef de projets Énergie & climat chez Auxilia revient sur le concept même de rationnement, de son histoire à ses formes plus actuelles, et sa contribution dans les stratégies écologiques au sens large. Lecture disponible ici.

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