Le solaire, star des énergies renouvelables… mais en panne chez les particuliers ?
En France, le photovoltaïque s’impose comme l’énergie renouvelable la plus acceptée par le public, porté par une dynamique record : 26,8 GW installés fin mars 2025, dont 1,4 GW raccordés au seul premier trimestre (Insee). Les énergies renouvelables représentaient déjà 15,8 % de la consommation d’énergie primaire en 2024 (BDT). Cette adhésion instinctive s’explique par une idée simple : solariser toitures et espaces urbanisés évite la consommation des sols – reprochée à l’éolien ou aux centrales PV au sol – et permet de valoriser des espaces denses où se concentrent potentiel de production et consommateurs. Par ailleurs, l’évolution des technologies et l’essor des kits solaires plug & play, moins coûteux, faciles à poser soi-même, et sans tracas administratif, participe de ce succès.
Et pourtant, fort de l’image positive que le solaire sur toiture véhicule, le segment résidentiel patine avec un recul marqué au troisième trimestre 2025, freiné par l’arrêté tarifaire revoyant à la baisse le rachat de l’électricité injectée sur le réseau – ce qui allonge les retours sur investissement. Dans un contexte d’incertitude économique et politique, avec une épargne prudente des ménages, moins de projets voient le jour, ou plus modestes, privilégiant l’autoconsommation individuelle.
Arnaques et toitures récalcitrantes : le revers d’un succès
Mais la filière photovoltaïque compose aussi avec des problématiques de plus long terme. Des arnaques massives – démarchages téléphoniques promettant rentabilités folles, crédits imposés à la va-vite, équipements défectueux – ont échaudé durablement les ménages, surtout les seniors, principaux installateurs de PV résidentiel et cible n°1 de ces arnaques de plus en plus sophistiquées.
Et puis, toutes les toitures ne se prêtent pas si facilement au PV, au-delà des ombrages ou inadaptations structurelles, dans les copropriétés – où les gisements potentiels peuvent être majeurs –, les toitures disponibles et intéressantes peuvent rester inaccessibles : que ce soit par des conflits sur l’esthétique (panneaux visibles jugés disgracieux), sur l’investissement initial (qui paie ?), le partage de la valeur produite, ou tout simplement l’arbitrage avec d’autres travaux, découragent ou empêchent les projets collectifs.
Rennes Métropole démêle le fil : un groupe de travail pionnier
Rennes Métropole a révisé son PCAET (plan climat-air-énergie territorial) début 2025 avec des objectifs ambitieux : 48-54 GWh de PV toiture d’ici 2030 – un défi aujourd’hui dans un contexte de ralentissement des projets sur toiture privés résidentiels, tant en nombre qu’en dimensionnement.
Pour autant, la métropole ne baisse pas les bras. Elle a lancé un groupe de travail « flash » (septembre-décembre 2025) animé par Auxilia, réunissant l’ALEC du Pays de Rennes, Solarcoop, CIREN, Citoyenne Rennaise de l’Energie Renouvelable, Soleil sur Vilaine et Atlansun. Ce collectif a exploré les modèles économiques émergents, les actions à entreprendre pour restaurer la confiance face aux arnaques, et forger une feuille de route partagée, ancrée sur l’existant local et une vision commune de communication.
Les germes existants : du plug & play aux boucles solidaires
Le groupe de travail a mis en lumière des solutions déjà présentes et bien implantées, parmi lesquels les kits plug & play dont CIREN ou l’ALEC fait la promotion : dès 500 €, posables par soi-même, sans procédure administrative lourde, et qui peuvent suivre les locataires d’un logement à l’autre. S’ils produisent peu, au regard des objectifs de la métropole, ils visent plutôt la réduction de la facture d’énergie des particuliers, via l’autoconsommation individuelle – et pourrait se révéler demain être une porte d’entrée vers des projets de solarisation plus ambitieux chez ces ménages qui ont fait le premier pas.
La métropole compte également des boucles d’autoconsommation collective (ACC) dont le nombre grimpe : elles connectent producteurs (communes, entreprises, particuliers) à des consommateurs profitant d’une énergie locale, moins chère, qui allège les factures. Pour autant, l’association CIREN le constate avec son tarif solidaire ECO (qui propose jusqu’à -30 % pour les ménages précaires à Bréquigny ou Landry) : les mécanismes de l’ACC restent méconnus, les habitants ne s’y engagent pas spontanément.
Clarifions le fonctionnement des solutions photovoltaïques
Les enjeux sont simples : face à ces initiatives déjà engagées, il faut clarifier leur fonctionnement – donner à voir au grand public « à quoi ça sert ? comment ça marche ? » – à l’échelle du foyer et de la facture comme à l’échelle métropolitaine en contribuant à l’atteinte de ses objectifs de transition énergétique. Il faut également communiquer de manière ciblée pour répondre à la variété des profils et des moyens : certains deviendront plus naturellement les producteurs de demain (fins de tarif d’achat, nouveaux projets toiture), quand d’autres pourraient bénéficier comme consommateurs via l’équipement en kits plug & play ou l’adhésion à une boucles ACC.
Mais sur ces sujets techniques, des outils simples manquent encore pour décrypter les modèles économiques et les contraintes d’installation, ou tout simplement, pour identifier les boucles ACC près de chez soi et en comprendre les tenants et les bénéfices. Enfin, pour nombre de foyers, les démarches administratives freinent d’entrée, elles sont souvent bloquantes, et exigent un accompagnement ou une information pas à pas.
Vers une accélération locale du développement du photvoltaïque sur toiture résidentielle
Ce groupe de travail ouvre une voie pragmatique pour Rennes Métropole : un plan de communication coordonné, bâti sur des temps d’échange et des constats partagés pour atteindre un objectif commun d’une part et renforcer l’image du solaire au sein de la métropole, afin que de nouvelles actions viennent nourrir les actions existantes – une balade solaire mène à une réunion publique, une exposition à un conseil personnalisé.
En s’appuyant sur ce qui fonctionne et plaît déjà, et en allant vers le grand public, l’objectif est de rendre plus appropriable le solaire. Car le sujet n’est pas prioritaire pour tous par manque de temps, de bagage insuffisant pour saisir les enjeux ou du découragement face aux freins administratifs ou économiques. Il faut simplifier, accompagner pas à pas et rendre l’ensemble cohérent.



