Urbanisme et connaissances climatiques : les savoirs comme ressource pour l'(in)action?

26 juillet 2017 16:09
Baie de Venise Auxilia
Chapô

A l’occasion du Colloque Science et Société "Pour l’adaptation des territoires aux changements climatiques", Elsa Richard a assuré la conférence introductive consacrée à l’urbanisme et l’aménagement face au changement climatique : "En quoi les savoirs constituent-ils une ressource pour l’action ?"

Alors que dans l’ensemble des discours tenus, la prise en compte des impacts des changements climatiques à toutes les échelles de l’action territoriale s’impose avec de plus en plus de conviction, l’inertie en matière de stratégies et plus encore en termes d’action est patente.

Davantage de production de connaissances...

Des avancées majeures ont eu lieu ces dernières années en termes de production de connaissances sur les risques et les vulnérabilités locales aux changements climatiques (Rudolf (éds), 2016), en particulier en zones côtières[1], ainsi que sur l’amélioration des modélisations climatiques (IPCC, 2013 ; Jouzel, 2015 ; Poitou, Braconnot, Masson-Delmotte, 2015). Des efforts ont également été entrepris par les acteurs scientifiques pour mettre à disposition ces données et diversifier les formats (graphiques, numériques) de diffusion de ces résultats, à l’instar de nombreuses initiatives de portails de données climatiques en France[2], en Europe[3] et dans le monde[4].

Pourtant les acteurs locaux déplorent le déficit de connaissances sur les évolutions climatiques à venir et leurs effets, qui constitue, dans les discours, un frein à la mise à l’agenda et à la mise en œuvre de l’adaptation (Dessai & Hulme, 2003 ; Bertrand et al. 2012 ; Richard, 2013 ; Simonet et al, 2016). 

Nos territoires  « modélisés » ne seraient donc pas nécessairement plus résilients ? (Rudolf & Di Nardo, 2015). C’est ce qui ressort de travaux d’historiens, à l’image de ceux de Garnier et Surville (2010) menés suite à la tempête Xynthia en Vendée, sur cent ans d'événements climatiques extrêmes (vimers, tsunamis et submersions principalement) et leurs conséquences sur les littoraux. Ces travaux pointent « la faible vulnérabilité humaine de ces communautés aux siècles précédents » et avancent plusieurs éléments expliquant son  aggravation actuelle : raréfaction des événements, oubli du risque, confiance exagérée dans les dispositifs techniques de protection  (…) tous ces éléments ont créé une amnésie collective, productrice de vulnérabilités » (Garnier & Surville, 2010 : 21).

... mais des lacunes dans leur transmission

Ces constats renforcent l’hypothèse selon laquelle les difficultés rencontrées sur le terrain de l’adaptation aux changements climatiques tiennent moins à des déficits de connaissances qu’à des dysfonctionnements dans la conception des dispositifs de partage et diffusion des connaissances, encore trop souvent conçus comme une simple mise à disposition des données. Nous faisons ainsi l’hypothèse que ce sont moins les connaissances climatiques en elles-mêmes que les modalités de leur partage et d’appropriation qui constituent des « fenêtres d’opportunités » (policy window- Kingdon, 1984) à travers lesquelles l’adaptation aux changements climatiques peut être saisie par l’action territoriale.

 

Support de la présentation disponible en ligne : http://www.cnfcg.fr/images/PDF/Colloques/Bordeaux_2017/Presentations/DAY3/3_1_Richard.pdf

Illustration : Licence CC : https://pxhere.com/fr/photo/1202705

[1] On peut citer à titre d’exemple en France le projet ANR Cocorisco (production de connaissances sur la vulnérabilité des territoires côtiers aux risques d’érosion et de submersion et sur des propositions de mesure de cette vulnérabilité) et en Europe, les projet européens CLIM-RUN (2011-2014, sur l’amélioration des méthodes de descentes d’échelles pour fournir des données climatiques régionales et locales) ou RISC-KIT (2013-2017 sur le développement de méthodes et outils pour réduire le risque et améliorer la résilience des espaces côtiers).

[2] En France, on peut citer le portail DRIAS (Donner accès aux scénarios climatiques Régionalisés français pour l’Impact et l’Adaptation de nos Sociétés et environnement) (projet DRIAS-APR GICC 2008 et prolongé par VIADUC – APR GICC 2012) qui a pour vocation de mettre à disposition des projections climatiques régionalisées réalisées dans les laboratoires français de modélisation du climat (IPSL, CERFACS, CNRM-GAME)

[3] Cf. pour exemple le portail d’accès aux données climatiques de l’Agence Européenne de l’Environnement (CLIPC), www.clipc.eu

[4] Cf. pour exemple le portail de la Banque Mondiale « Climate Change Knowledge information portal », http://sdwebx.worldbank.org/

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