La place des femmes dans la transition énergétique, interview de Ziad Farhat par Le CLER

26 novembre 2020 09:04

Le CLER, réseau pour la transition énergétique, a consacré le numéro de novembre 2020 de son magazine « Notre Energie » à la place des femmes dans la transition énergétique. Numéro piloté par plusieurs femmes du réseau, elles ont demandé à Ziad Farhat de partager son regard sur l’enjeu d’égalité femmes-hommes dans le métier du conseil en transition écologique.

Cet article retranscrit la réponse de Ziad dans son intégralité, raccourci dans le magazine pour que ce point de vue occupe sa juste place !

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je partage mon sentiment quant à cette contribution à cette édition importante de Notre Energie. Ce n’est pas simple pour moi de prendre le clavier pour évoquer la place des femmes dans la transition énergétique. Pas simple parce qu’il est difficile de ne pas tomber dans des généralités, mais surtout des écueils et des mauvais réflexes acquis au cours de ma vie, du fait d’une société structurée sur des inégalités entre femmes et hommes. Je tâcherai donc de ne pas parler à la place de quiconque, mais plutôt de partager quelques expériences et vécus bien souvent désagréables.

 

  • Quelle est selon toi (de par ton expérience professionnelle) la place des femmes dans les métiers de la transition énergétique ?

Première question à laquelle j’ai déjà du mal à répondre. Je vais restreindre volontairement le champ à ce que je connais, c’est-à-dire le métier de conseil en transition écologique et de ce que je perçois dans les collectivités.

Dans le métier du conseil et dans les structures auxquelles je fais ou j’ai fait partie, je constate une présence importante  des femmes, toujours proche de la parité. Dans nos réflexions de recrutement chez Auxilia, nous veillons à un équilibre, même si nous cherchons aussi à juger des profils selon les compétences. Je garde aussi en tête quelques ordres de grandeur lors de ces phases de recrutement. Exemple : les hommes postuleront à un poste s’ils estiment posséder 70% des compétences attendues, quand les Femmes « oseront » lorsqu’elles en disposent plutôt 120%...

Au-delà de la parité, et malgré l’attention portée à cet enjeu, je constate tout de même, et à l’image du monde de l’entreprise, une présence moins importante des femmes à des postes à responsabilité. Et j’imagine que des écarts de salaires existent, je ne vois pas en quoi le monde du conseil en serait préservé.

Au sein des collectivités, je ne constate pas de déséquilibre majeur à l’échelle des chargé.e.s de mission. En revanche, j’ai beaucoup plus souvent comme interlocuteurs des hommes aux postes de direction et en tant qu’élus.

Ce premier constat, sans étude approfondie évidemment, me laisse à penser qu’il y a du boulot dans le monde de la transition écologique, dans le privé comme dans la fonction publique… Je suis en tout cas ravi que nous ouvrions un espace au sein d’Auxilia pour parler du métier de consultante. Cela ne pourra que nous faire progresser.

 

  • Quels sont les blocages constatés ?

J’ai vu des élus refuser notre accompagnement parce que la personne cheffe de projet était une femme. C’était il y a plusieurs années, ce n’était pas dit explicitement, mais avec du recul, j’ai honte d’avoir repris la mission. Etant aussi arabe, j’imagine que ma réaction aurait été autre si on m’avait viré du fait de mes origines. J’espère aujourd’hui, du fait d’une sensibilité plus forte au féminisme grâce à l’activisme des femmes en premier lieu, et notamment mes sœurs et ma mère, tout simplement refuser de travailler avec de telles personnes.

Très régulièrement, en réunion externe, je constate aussi une réduction de l’attention lorsqu’une collègue prend la parole par rapport à celle d’un homme. Et si on y associe la jeunesse, c’est le jackpot... J’y aurais moins prêté attention par le passé, mais aujourd’hui, j’essaye de garder mes distances pendant ces réunions pour ne pas trop « occuper l’espace ».

Et de manière globale, j’ai un sentiment diffus d’une moindre légitimité accordée à la parole des femmes par rapport à celles des hommes, notamment dans un milieu politique très souvent « testotéroné » et à majorité masculine. Les comportements masculins peuvent rapidement tomber dans une spirale paternaliste, professorale, voire séductrice… Face à cela, je souhaite que tout le monde, et pas uniquement les femmes, se hérisse face à de tels comportements.

Nous avons, enfin, en interne des débats avec mes collègues pour parler de cette question de se sentir « légitime ». C’est une injonction qui s’adresse bien souvent aux femmes. Si mes collègues femmes concernées le reconnaissent parfois comme une nécessité d’évolution dans leur parcours professionnel, je m’interroge sur la capacité à réussir cette évolution dans un milieu qui accorde d’emblée une légitimité moindre à la femme qu’à l’homme.

 

  • Pourquoi la mixité est-elle une chance dans ces métiers ?

Question à haut potentiel de clichés ! Pour moi, c’est un peu comme répondre à « pourquoi la mixité est-elle une chance pour le vivant ? » !

Je vais quand même m’y essayer. Mes collègues femmes et mes interlocutrices au sein des collectivités ont plus souvent que les hommes une attention forte portée aux dimensions « accompagnement du changement » et « intelligence collective ». Deux dimensions que je juge absolument indispensables, par la nécessité de soutenir l’évolution des modes de vie et de mettre autour de la table des acteurs de nature variée, pour accompagner la transformation de notre société attachée à des réalités dépassées (ressources abondantes, inconscience de nos impacts, etc.).

Face à la technicité des enjeux de l’énergie, ces femmes sont prêtes. Mais elles portent aussi des actions de transversalité en interne, se forment à l’intelligence collective, anime des collectifs d’acteurs. Bien sûr, c’est le cas de nombre d’hommes également, mais je ressens cette attention plus marquée du côté des femmes.

Le revers de la médaille est que les personnes souhaitant travailler sur ces dimensions « politiques » doivent aussi porter leur casquette technique, à effectif constant. Elles sont donc plus exposées à des risques d’épuisement professionnel.

 

  • Quelles voies possibles pour parvenir à une égalité ?

Reconnaître à leur juste valeur des compétences non-techniques mais indispensables à la transition écologique serait un premier pas. Cette reconnaissance passerait aussi par des financements dédiés, pour que les compétences techniques et « politiques » ne soient pas portées par une seule et même personne.

Et surtout, ne rien laisser passer, être intransigeant.e.s face à des comportements sexistes me semble être un incontournable aujourd’hui, en s’accordant par exemple le droit de quitter une réunion à cause de comportements discriminatoires ou déplacés. Il est crucial de reconnaître ces inégalités et ces réflexes de domination ancrés chez les hommes comme chez les femmes. C’est le premier pas pour comprendre qu’ils ne sont pas normaux, et qu’il est primordial, au même titre que des schémas racistes, de les contraindre à disparaître.

 

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