Les nouveaux horizons de la mobilité inclusive

16 mars 2015 09:15
Panneau sens interdit détourné
Chapô

28%. C’est la proportion de personnes de 75 ans ou plus qui, habitant dans les territoires les moins denses de notre pays, ne sortent pas de chez elles pendant cinq jours d’affilée. 
50%. C’est le nombre de personnes en situation de précarité qui ont déjà dû refuser un emploi ou une formation pour des problèmes de mobilité.
80%. C’est le nombre de personnes handicapées qui doivent régulièrement renoncer à un déplacement.
Trois chiffres qui soulignent l’importance d’une approche inclusive de la mobilité. 

Dans la lignée de l’étude Mobilité, insertion et accès à l’emploi - Constats et perspectives de 2013, Auxilia a poursuivi l’analyse de la mobilité des publics fragiles : celle des seniors, avec l’Etude Mobilité des seniors en France réalisée à la demande du Laboratoire de la Mobilité inclusive et celle des publics en difficultés sociales et professionnelles dans les territoires peu denses, dans le cadre du programme de recherche PREDIT. Constat sans appel : une personne sur trois est aujourd’hui en difficulté de mobilité. 

Pourquoi ? Parce qu’être mobile suppose de disposer d’un ensemble d’outils et de capacités. Disposer d’un moyen de transport et pouvoir s’en servir, naturellement. Pouvoir se déplacer seul(e). Disposer à proximité de son domicile des services, commerces ou bassins d’emploi nécessaires. Pouvoir faire garder ses enfants, pouvoir lire un plan de transports, maitriser le Français, avoir confiance dans ses propres capacités de mobilité… L’un de ces outils, l’une de ces « compétences » vous manque, et vous risquez d’être assigné(e) à résidence.

Une personne sur trois serait donc en difficulté –  ponctuelle ou durable – de mobilité : un chiffre exagéré ? Probablement pas.
On compte aujourd’hui 15,6 millions de seniors en France, un chiffre qui atteindra les 24 millions en 2060 (INSEE) - dont 12 millions de personnes de 75 ans ou plus. 7 millions de personnes en âge de travailler et en situation de précarité socio-économique sont en difficultés de mobilité, auxquelles il faut ajouter une partie des personnes handicapées, mais aussi les parents avec poussettes, les touristes et leurs bagages…

Répondre à cet enjeu est un défi dont nos politiques de transport et d’aménagement, mais aussi d’action sociale, de solidarité ou encore de développement économique commencent à peine à prendre la mesure (on se félicitera que les métropoles de Lyon et Nantes se soient penchées sur ces problèmes dans le cadre de leur PDU). Certes, des aides à la mobilité existent. Mais, pour les personnes en recherche d’emploi ou bénéficiaires du RSA, elles sont très orientées vers l’automobilité et ne prennent pas suffisamment en compte les possibilités offertes par les alternatives qui chahutent sa suprématie, telles que les mobilités partagées, les transports en commun ou le vélo. Les personnes âgées ou handicapées peuvent accéder à des aides, mais - outre la réticence des bénéficiaires potentiels à y prétendre -, ces aides restent à ce jour secondaires face à d’autres enjeux de l’aide à la personne. Quant aux solutions de transport adapté ou de transport à la demande, elles sont souvent surchargées ou difficiles à pérenniser compte tenu de leur coût d’exploitation élevé.

Faut-il en déduire que ces difficultés ne peuvent pas être surmontées ? Non. Nos politiques de transport restent encore très influencées par le développement d’une offre toujours plus importante, qui suppose de lourds investissements - excluant de facto certains territoires.
Pourtant, d’autres perspectives s’offrent à nos décideurs.

Si les moyens des collectivités ne permettent pas - exception faite des grandes métropoles - de proposer une offre de transports publics très performante, des solutions alternatives, beaucoup moins coûteuses, existent : covoiturage, autopartage, vélos à assistance électrique, autostop organisé, etc… Or, ces solutions sont proposées en ville, mais très rarement ou avec très peu de succès en milieux périurbains et ruraux. A l’investissement insuffisant dans ces nouveaux services s’ajoute la question de l’assistance à maitrise d’usage pour les publics fragiles. Le simple test d’un système d’autopartage montre à quel point ce service peut paraître obscur pour une personne peu à l’aise avec l’outil informatique ou les systèmes de tarification complexes…

La « mobilité inversée » (faire venir le service à la personne), de même que l’inversion des logiques habituelles  (accepter par exemple que des professionnels du ménage exercent leur métier à des horaires desservis par les transports en commun) restent également à développer.

Parce que la mobilité n’est pas qu’une question de transport, l’accent doit être mis sur l’information – améliorer et adapter son contenu comme les moyens d’y accéder. La formation à la mobilité – sensibilisation des plus jeunes, accompagnement des seniors dans l’adaptation de leur mobilité, est également un chantier clé.

Proposer la meilleure offre possible suppose de connaître finement les besoins réels des populations fragiles. Une logique de conception universelle basée sur la co-construction des services avec les plus fragiles - citons pour exemple le programme de recherche Mobility, mood and place -, bénéficiera naturellement au plus grand nombre.

Enfin, il est essentiel de penser « transversal ». Aujourd’hui les politiques de transport, d’action sociale, de solidarité, de développement économique sont trop souvent déconnectées. Notre capacité à créer des passerelles, à chercher des mutualisations, des économies d’échelles est ici en jeu. La création d’une nouvelle instance de coordination territoriale de la mobilité inclusive est ainsi un vœu que nous formulons pour le déploiement d’une mobilité accessible à tous.

 

Marc Fontanès et Bertil de Fos

 

En savoir plus

Etude La Mobilité des seniors en France réalisée en 2014 par Auxilia à la demande de Wimoov et Total

Projet de recherche Publics en difficultés sociales et professionnelles dans les territoires peu denses, réalisé par auxilia dans le cadre du programme PREDIT

Vous souhaitez vous entretenir plus en détail avec Auxilia sur les résultats de ces études ? Vous avez un projet, vous souhaitez échanger avec nous sur les solutions à déployer au niveau des territoires pour promouvoir une mobilité inclusive ? N'hésitez pas à nous contacter au 01 55 28 00 75 ou par mail à info@auxilia-conseil.com

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