La mobilité entre fin du monde et fin du mois

05 avril 2022 16:13
Chapô

En œuvrant aux côtés de ses clients pour une transition « socio-écologique », Auxilia a depuis longtemps cette intuition que les deux dimensions sociale et écologique de la mobilité sont, non seulement centrales, mais sont surtout à traiter comme un seul et même enjeu. L’étude « Mobilité : comment concilier inclusion et transition ? Partage d’expérience des acteurs de terrain », pilotée par le Laboratoire de la Mobilité Inclusive, a été l’occasion d’ouvrir de nouvelles perspectives pour concrétiser cette intuition de manière opérationnelle. Au-delà de ses enseignements, cette étude est l’occasion de partager ses « coulisses méthodologiques » et ses résonances avec l’ensemble des activités d’Auxilia.

Transition / Inclusion : deux sons de cloche

L’actualité des dernières années – contestations contre les limitations de vitesse, mouvement des gilets jaunes, hausse des prix du carburant, arrivée des Zones à Faibles Emissions mobilité – a été l’occasion de prendre conscience de la « tension », parfois explosive, entre impératifs écologiques et sociaux.

On voit notamment des personnes en difficulté subir les réglementations environnementales de la mobilité comme une contrainte qui s’additionne à celles, nombreuses, qu’ils vivent au quotidien (entre dépendance à la voiture, la possession de véhicules polluants ou la précarité énergétique). Mais dans une vision plus optimiste, on constate que bien souvent, une mobilité écologique est également une mobilité économique (c’est le cas de la marche, du vélo, ou de la voiture partagée). Dans cette optique, concilier inclusion et transition revient à initier un cercle vertueux pour construire une mobilité respectueuse à la fois de l’environnement et de la justice sociale.

Auxilia x Ecolo SocialFace à ces questionnements, le Laboratoire de la Mobilité Inclusive a souhaité approfondir ce sujet qui s’annonce crucial pour les années à venir. L’étude confiée à Auxilia répond à trois objectifs :   

  1. Objectiver les difficultés, effectives ou perçues, du point de vue des acteurs du terrain, concernés, de près ou de loin, par cette question de la conciliation des enjeux sociaux et écologiques de la mobilité : collectivités, opérateurs de transport, ONG environnemental, acteurs du social et de la mobilité solidaire, experts et chercheurs.
  2. Identifier les leviers expérimentés ou envisagés pour répondre à ces enjeux et les acteurs concernés.
  3. Formuler des préconisations opérationnelles pour mettre en œuvre ces leviers.

 

Les grands enseignements de l’étude

Il ressort de la vingtaine d’entretiens réalisés auprès d’acteurs de terrain un consensus sur la nécessité de transformer notre système de mobilité, avec des discours proposant différents niveaux de radicalité : de la décarbonation à la sobriété « mobilitaire », en passant par le renforcement des offres alternatives à la voiture, et la massification des dispositifs d’accompagnement au changement.

Ainsi, alors que les mesures mises en place aujourd’hui pour accompagner socialement les impacts sur la mobilité de la crise écologique relèvent essentiellement de dispositifs financiers (aides à l’achat, indemnité inflation, tarifications sociales et solidaires, mécanismes de compensation, etc.), elles sont loin d’être la seule manière de répondre au problème. Les pistes à envisager consistent plutôt à tirer parti des différentes catégories existantes (renforcement de l’offre de transports collectifs et partagés, massification des infrastructures pour les modes actifs, généralisation des démarches d’accompagnement au changement), en les mettant en système et en les orientant vers ce double objectif, écologique et social.

Plusieurs prérequis sont nécessaires pour y parvenir :

  • Sortir du flou lié à la complexité des enjeux qui se révèle à plusieurs niveaux : périmétrer l’extrême diversité de situations de difficulté de mobilité (difficultés physiques, économiques, psychosociales, organisationnelles, etc.), rendre visible les publics concernés, construire des discours clairs et homogènes de manière à permettre aux acteurs – et la société civile – d’appréhender une crise écologique difficilement appropriable dans ses enjeux et dans ses solutions. A ce titre, la Convention Citoyenne pour le Climat est un bon exemple de démarche d’appropriation des enjeux environnementaux par les citoyens.
  • Se mettre d’accord sur une vision commune de la justice sociale : donner une place d’entrée de jeu, aux enjeux sociaux de la mobilité, aux côtés des enjeux écologiques, en convoquant un tour de table élargi dans la construction des politiques de mobilité (sont ainsi concernés l’ensemble des acteurs de la vie courante, secteur social, acteurs de la mobilité solidaire au titre de leur connaissance des publics, mais également écoles, employeurs, acteurs culturels, associatifs et commerciaux, au titre des déplacements qu’ils génèrent).
  • Trouver l’équilibre entre transformation en profondeur et continuité de l’existant : massifier les alternatives à la voiture individuelle pour leur donner la légitimité qui leur manque, en évitant de tomber dans le « toujours plus de mobilité ». Cet équilibre à trouver est indissociable d’une nécessaire réorganisation de nos territoires (en lien avec les politiques de l’habitat, du développement économique, du tourisme, etc.) propre à réduire les déplacements contraints et non vertueux.

De manière plus opérationnelle, l’étude propose dans son dernier volet, un certain nombre de préconisations pour dessiner ce chemin de transformation de notre système de mobilité.

 

Concilier inclusion et transition, au-delà de la mobilité

Tous les secteurs de la transition écologique, représentées par l’éventail des expertises "auxiliennes" sont confrontées d’une manière ou d’une autre à cette question de la conciliation inclusion / transition. C’est ainsi par exemple que l’équipe « Stratégies territoriales » d’Auxilia a co-construit pendant de nombreux mois la feuille de route de l’Agenda 2030 avec les habitants des quartiers populaires  : l’occasion de rappeler que les plus précaires sont les plus frugaux, les plus impactés et bien souvent les plus engagés dans le « fin du monde, fin du mois, même combat ».

Aller plus loin : découvrir l’analyse de Martin Rault, Directeur de projets "Stratégie de territoire" : « Pour une transition qui ne soit pas du jardinage ».

 

Dans les coulisses de l’étude : l’intérêt des méthodes qualitatives

Cette étude a été l’occasion de démontrer la pertinence des méthodes qualitatives, et en particulier de l’entretien semi-directif, pour construire une analyse à 360 degrés d’un sujet à la fois exploratoire et au cœur de l’actualité.

Ce type de méthode, qui permet de recueillir des points de vue avec une grande profondeur d’analyse, est souvent méconnu, au profit des méthodes quantitatives qui ont le grand mérite d’être facilement appropriables et d’aider la décision de court-terme.

En effet, une campagne d’une vingtaine d’entretiens convainc peu lorsque l’on cherche à obtenir un état des lieux « représentatif » d’une réalité donnée. Mais réalisée avec rigueur, sur la base d’une sélection d’acteurs choisis pour la « significativité » de leur posture, grille d’entretien à l’appui et complétée par un process d’analyse mené de bout en bout, elle donne à voir des convergences et des divergences dans les discours, des perceptions subjectives difficilement exprimables via une enquête réduisant les points de vue à des questions fermées.

Cette méthodologie, très utilisée dans les recherches académiques en sciences sociales, et envisagée de manière complémentaire aux enquêtes quantitatives, s’applique tout à fait aux activités de conseil et d’études menées chez Auxilia.

 

 

Étiquettes