"Pour une transition qui ne soit pas du jardinage !"

05 avril 2022 16:38
Chapô

Suite à la publication de l’article « La mobilité entre fin du monde et fin du mois » de Maylis Poirel, nous avons demandé à Martin Rault Le Gunehec, directeur de projets Stratégie de territoire, de partager son analyse sur le croisement des enjeux sociaux et écologiques.

Si Auxilia a pris conscience depuis longtemps de l’impératif social dans la conduite de politiques publiques environnementales ambitieuses, la France a connu ces dernières années des mouvements populaires qui marqueront longtemps son Histoire, et qui ont achevé de nous persuader que notre approche était la bonne.

« Réconcilier Fin du Monde & Fin du mois »

Tel est le message que n’ont cessé de nous faire passer les Français.es ces dernières années, et tout particulièrement ceux issus des milieux populaires.

Le Mouvement des Gilets Jaunes est né le 17 novembre 2018 suite à des appels à manifester contre l'augmentation du prix des carburants. Pendant 2 ans, ce mouvement spontané a marqué la vie des Français.es chaque week-end et a rappelé aux responsables politiques nationaux qu’il est inutile de vouloir mener une politique de transition écologique d’envergure sans l’adhésion de tous, et particulièrement les moins aisés et la classe moyenne.

Mars 2020 sonne le glas des Gilets Jaunes pour laisser place à un autre évènement historique : le premier confinement de la crise COVID-19. Une crise sanitaire, certes, mais avant tout écologique. Elle a permis de montrer aux yeux de tous que les habitants des quartiers populaires étaient les premiers touchés par ce type de crise : les cantines scolaires fermées, le chômage technique généralisé, l’économie informelle à l’arrêt, les files d’attentes n’ont eu de cesse de s’allonger jour après jour devant les actions d’aide alimentaire des associations de quartier et la puissance publique : les premiers de corvée étaient en première ligne, sur tous les fronts.

Lea Marzloff - Les pieds dans les nuages
Léa Marzloff - Les pieds dans les nuages

Les plus frugaux, les plus engagés mais les plus impactés

Une inégalité profonde existe dans notre société. Les personnes les plus précaires sont celles qui participent le moins au changement climatique : alors que 50% des plus pauvres ne sont responsables que de 5% de la hausse totale des émissions de GES, les 10 % les plus riches sont eux responsables de 46 % de la hausse des émissions de GES. Et pourtant ce sont eux les plus impactés en France, mais aussi partout dans le monde par le changement climatique. Vivek Shandas, professeur à l’Université de Portland (Oregon), spécialiste de l’adaptation au changement climatique et qui a révolutionné le relevé de températures dans plusieurs grandes villes du monde, témoigne dans un article du Monde du 8 juillet 2021[1] : « Nous avons travaillé dans tout le pays. Partout nous avons constaté la même corrélation : les endroits les plus chauds sont ceux où vivent […] les populations à bas revenus. ».

Enfin, l’observation historique des mouvements au sein des quartiers populaires[2] montre que ce sont sans doute les plus engagés pour la défense de leur cadre de vie et donc la transition écologique du territoire. Dernière preuve en acte : l’annulation par la justice du projet de solarium en lieu et place des Jardins des Vertus à Aubervilliers[3]. La mobilisation des jardiniers, des habitants du quartier et d’ailleurs pendant de nombreux mois n’est pas étrangère à cette décision de justice.

Notre engagement

« Toute politique écologique excluant le combat pour la dignité humaine reste du jardinage. » disait Chico Mendes[4], célèbre syndicaliste Brésilien et fervent défenseur de la forêt amazonienne.  Auxilia s’approprie volontiers cet adage et défend l’idée dans chacun des projets qu’il accompagne que la question sociale ne peut se départir des questions écologiques, qu’il est nécessaire de soutenir le pouvoir d’agir des habitants des quartiers populaires dans la défense de leur cadre de vie, de sensibiliser les décideurs publics à l’approche sociale de la transition écologique et enfin de développer des solutions solidaires concrètes au service du mieux vivre des plus précaires.

 

 

 

 

 

 


 

[1] Article de Corine Lesnes

 

 

[3] Lire article de Pierre Trembaly du 16 mars 2023 dans le Huff  "JO 2024 : à Aubervilliers, les jardins ouvriers réhabilités après l'abandon du projet de solarium"

 

 

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