Voyage en terre vendéenne : quand un tiers-lieu rural expérimente le modèle coopératif

05 avril 2018 11:41
Auxilia Ferme de la Vergne
Chapô

A l'heure où une transition écologique mais aussi économique, sociale et démocratique semble inéluctable pour garantir notre pérennité, des modèles organisationnels émergent et proposent des solutions alternatives. Comment parvenir à structurer une communauté d'acteurs autour d'un même projet ? Quelle gouvernance dans un espace co-construit par et pour les habitants ? Auxilia cherche des réponses. Rencontre en terre méconnue au Village de la Vergne, lieu emblématique du Pays Yonnais ! 

Les territoires que nous accompagnons aspirent souvent à (re)développer l’emploi et les ceintures maraîchères autour de leurs espaces urbanisés.

Lorsque notre ancienne collègue Laurence est devenue coordinatrice du « Village de la Vergne », à proximité de La Roche-sur-Yon, nous en avons profité pour visiter ce tiers-lieu coopératif et sa « ferme maraîchère périurbaine ».

Bien plus qu’une ferme…

Notre équipe d’enquêteurs a ainsi pris la route pour retrouver Laurence, entourée de salariés et de bénévoles : Bienvenue au Village de la Vergne !

De 1988 à 2015, le lieu facilitait la réinsertion des personnes en situation de fragilité en leur permettant de travailler la terre, de transformer et de vendre les produits de l’exploitation. Le tout selon les principes de l’agriculture biologique, encore loin d’être à la mode à l’époque. Par sa raison d’être, son mode de fonctionnement et sa capacité à répondre aux défis écologiques et sociaux, la ferme a toujours été appréciée des habitants et considérée comme un site emblématique du territoire.

C’est pourquoi, à la cessation d'activité en juin 2015, un collectif d’habitants et d’associations décide de faire une offre à la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural), chargée de vendre le site. L’objectif était non seulement de le racheter pour y faire fructifier un projet d’Economie Sociale et Solidaire (ESS) collectif et emblématique mais aussi de pérenniser un lieu fédérateur autour des valeurs d’écologie, d’insertion et de production alimentaire de qualité.

Rapidement, plusieurs personnes rejoignent l’aventure et un appel à souscription est lancé : le Village de la Vergne nait et compte aujourd’hui 235 sociétaires ayant investi 220 000 €, qu’ils soient des personnes morales comme la Fondation de la Biocoop ou des habitants du Pays Yonnais. Si les collectivités n’ont pas apporté de soutiens financiers, le Département de Vendée et la Roche-sur-Yon Agglomération se sont positionnés comme garants bancaires.

Un fourmillement de projets et d’idées

En arrivant au « Village de la Vergne », l’équipe d’Auxilia a été frappée par l’effervescence, symbole des activités et projets multiples qui animent le lieu.

D’une part, plusieurs producteurs sont installés sur 16 hectares agricoles bio : deux maraîchers, une éleveuse de poules pondeuses et poulets de chair, une arboricultrice, un chantier d’insertion en maraîchage…. Le fruit de leurs labeurs est proposé en vente directe au sein du magasin du Village. Ouvert les mercredis et vendredis, il permet de générer près de 2500€ de chiffre d’affaires hebdomadaires.

D’autre part, le Village se veut un lieu dynamique de l’ESS aux activités diversifiées : il héberge ainsi les PEP  85 (Pupilles de l’Enseignement Public), association d’éducation populaire luttant contre l’exclusion sociale, ou encore le Label ESS 85, dont l’objectif est de promouvoir l’ESS en Vendée. Récemment, « Mado m’a dit » a rejoint cette fine équipe pour développer des projets d’upcycling, c’est-à-dire de valorisation de matériaux destinés à être jetés en objets de valeur.

Des activités de bien-être sont régulièrement proposées et des espaces de travail (salles de réunion, bureaux) sont mis à disposition.

Au total, le « Village de la Vergne » accueille 25 emplois. Si cela illustre la capacité d’un projet collectif d’ESS à faire vivre l’emploi localement, ce chiffre ne retranscrit que partiellement l’activité du lieu et la solidarité qui émane du collectif d’acteurs présents. Lors de notre visite, nous avons par exemple pu rencontrer des bénévoles faisant des travaux d’entretien et de réparation du site.

Pour se prémunir d’un manque d’organisation et d’harmonie souvent reprochés aux acteurs de l’ESS, les sociétaires de la SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) se sont engagés à financer un poste de coordination de projet. Laurence accompagne, communique et organise pour que cette affaire tourne rond.

L’éloge de la coopération

C’est pour « participer à un projet qui dépasse l’individu, où chacun se nourrit du collectif » que Christophe, l’un des deux maraîchers, s’est installé au « Village de la Vergne ». Ainsi, la volonté et les initiatives de chacun font du Village un espace co-construit par et pour ses habitants.

La gouvernance, c’est-à-dire la capacité de décision exercée par un ou plusieurs acteurs, s’appuie sur le modèle des SCIC : « une personne, une voix » ; chacun a la liberté de s’impliquer, de donner son avis et d’enrichir le projet.

Si la concurrence, économique, territoriale ou entre les acteurs-mêmes de l’ESS, persiste, le Village affirme sa volonté de mettre l'accent sur la coopération et la solidarité.

Cela tombe à point nommé : à l’heure où la théorie de Kropotkine refait surface – qui venait compléter celle de Darwin, arguant que l'entraide est un facteur d’évolution autant sinon plus important que la compétition – le Village de la Vergne se nourrit de ces « liens qui libèrent[1] »…

L’entraide au cœur de notre capacité à nous adapter

Notre société thermo-industrielle, exclusivement ou presque dépendante des énergies fossiles, changera radicalement dans les années à venir.

Aux hausses continues des consommations énergétiques vient s’ajouter aujourd’hui une exploitation extrêmement difficile et coûteuse du pétrole qui fragilise notre modèle et qui rend l’hypothèse de l’effondrement de la société telle que nous la connaissons toujours plus réaliste[2].

Chez Auxilia, nous en sommes convaincus. Sans un changement salutaire de nos modes de vie, notre système est voué à l’échec. Pour construire des solutions, l’entraide, la solidarité et la quête d’une plus grande autonomie sont au cœur du nouveau modèle à définir ensemble.

Le « Village de la Vergne » expérimente peut-être déjà ce modèle de demain : local, coopératif, basé  sur l’entraide, la sobriété non dénuée de joie et d’humour et l’autonomie.

Si notre modèle de société devait s’effondrer demain, les femmes et les hommes du « Village de la Vergne » auraient déjà quelques cartes à jouer pour être plus résilients. Et si finalement, demain devait nous préserver d’un futur de plus en plus inéluctable, alors nos irréductibles Vendéens n’auront aucun regret : ils auront répondu ensemble et à leur façon à ce désir puissant qu’est celui d’être plus humain.

 

Pour tout savoir sur le Village : https://www.facebook.com/fermedelavergne/

 

Et si comme nous, vous souhaitez soutenir le Village, n’hésite pas à voter pour lui : https://lafabrique-france.aviva.com/voting/projet/vue/30-1261

 

[1] Expression empruntée au nom de la maison d’édition du livre de Paolo Servigne et Gauthier Chapelle, auteurs de « L’entraide, l’autre loi de la jungle »

[2] Pour mieux comprendre ces enjeux décrits dans ce nouveau domaine qu’est la collapsologie, nous ne pouvons que vous conseiller la lecture de l’excellent livre de Paolo Servigne et Raphaël Stevens « Comment tout peut s’effondrer ».

 

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