Pas de transition écologique véritable sans lutte contre l’obsolescence programmée

19 mars 2018 15:13
du jetable au durable auxilia Samuel Sauvage
Chapô

Ce début d’année a été marqué par l’ouverture de deux enquêtes historiques au niveau mondial : les parquets de Paris et de Nanterre ont décidé de poursuivre Apple et Epson pour obsolescence programmée, suite aux plaintes déposées par l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée).

La France étant le seul pays au monde à avoir reconnu le délit d’obsolescence programmée[1], il s’agit des seules plaintes pénales adressées à des entreprises soupçonnées de raccourcir délibérément la durée de vie de leurs produits.

 

Bien sûr, ces plaintes sont souvent présentées comme une rébellion des consommateurs contre des enseignes qui contraignent à renouveler trop rapidement leurs achats. Au-delà de cette dimension, nous aurions cependant tort de ne pas voir l’obsolescence programmée comme un obstacle majeur à la transition écologique que nous appelons de nos vœux. En effet, à travers les millions de déchets inutiles générés, cette pratique se situe aux antipodes de l’économie circulaire. L’essentiel de l’empreinte écologique des produits se situant lors de la phase de fabrication, le fait de renouveler prématurément la consommation génère un impact énergétique considérable … et souvent inutile. Sans évoquer le volet social de l’obsolescence programmée, celle-ci s’attaquant d’abord aux ménages les moins fortunés et générant une frustration sociale difficilement mesurable.

« Du jetable au durable » : un ouvrage de référence

Ces enjeux sont abordés de manière pédagogique et constructive dans l’ouvrage « Du jetable au durable, en finir avec l’obsolescence programmée » (2017, éd. Alternatives, Gallimard[2]), co-écrit par Laëtitia Vasseur et Samuel Sauvage. La première partie du livre est consacrée à une analyse des contours de l’obsolescence programmée, qu’elle soit « technique », « logicielle » ou « esthétique »,  afin d’éviter toute approximation sur le sujet. Ensuite, l’analyse des ressorts de la société de sur-consommation qui en résulte est de nature à ravir les lecteurs en quête d’une vision sociologique et anthropologique du phénomène.

Du jetable au durable, Auxilia
Du jetable au durable, p. 47

Mais c’est sur la deuxième moitié du livre que les auteurs ont, à raison, souhaité s’appesantir. Consacrée aux solutions, elle explore tant les pratiques de consommation responsable dans lesquelles peuvent s’engager les citoyens au quotidien que les modèles économiques d’avenir pour les entreprises industrielles. Si l’économie circulaire se retrouve sans surprise au cœur de l’approche promue, le prisme de l’allongement de la durée d’usage des produits permet de la présenter d’une manière concrète et rafraîchissante. Pour compléter l’approche, le livre n’oublie pas de préciser les mesures qui devraient être prises par l’Etat (information des consommateurs, garanties minimales, accès aux pièces détachées, fiscalité…) pour renforcer les alternatives au « tout jetable », certaines de ces mesures étant aujourd’hui intégrées dans la pré-feuille de route sur l’économie circulaire proposée par le Gouvernement.

Un sujet à impulser sur les territoires

Pour Auxilia, il apparaît que l’expertise développée par les deux co-fondateurs de HOP doit pouvoir inspirer les politiques publiques en France, y compris au niveau local. En effet, les politiques publiques peuvent favoriser l’allongement de la durée de vie des produits si elles raisonnent en « cycle de vie ». Ce prisme intégrant le long terme doit appeler à mieux sélectionner les entreprises ou les innovations soutenues (notamment en faveur de l’écoconception), y compris parmi les prestataires retenus dans le cadre des marchés publics. Les villes peuvent également choisir de faciliter la vie des citoyens qui souhaitent donner une seconde vie à leurs objets, en facilitant dans leur politique foncière les solutions de réemploi ou de réparation. Plus généralement, les collectivités sont appelées à endosser un rôle plus actif en matière de sensibilisation citoyenne sur ces questions.

Forte de son expertise en matière d’économie circulaire et comptant Samuel Sauvage, président co-fondateur de HOP parmi ses experts, Auxilia n’hésitera pas à proposer des démarches allant en ce sens. Car si en économie circulaire, il s’agit avant tout de prévenir les déchets et la consommation de ressources non-renouvelables, on ne voit pas comment la lutte contre l’obsolescence programmée ne serait pas un maillon essentiel des politiques à mettre en place. 


Étiquettes

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.

E-mail filtré

  • Each email address will be obfuscated in a human readable fashion or, if JavaScript is enabled, replaced with a spam resistent clickable link. Email addresses will get the default web form unless specified. If replacement text (a persons name) is required a webform is also required. Separate each part with the "|" pipe symbol. Replace spaces in names with "_".